Masques traditionnels du monde entier

Collection Jean-Pierre Dallemand – Jacqueline Manceau. Masques traditionnels du monde entier… pour un usage théâtral !

L’exposition présentée est une collection d’objets authentiques patiemment assemblée par les comédiens de l’Atelier 44, compagnie théâtrale, au cours de leurs voyages ou déplacements. 
Une façon de partir à la découverte et à la rencontre d’autres cultures! Se questionner sur la tradition théâtrale dans le monde ne répond pas à une vocation sur un patrimoine en danger ou une richesse à sauvegarder. C’est au contraire s’intéresser à l’art vivant, au travers de ses principes fondateurs car tous ces objets supposent le mouvement et incarnent des personnages. Ils ont traversé le temps, les continents ce qui fait que chaque pièce est porteuse de mémoire, de témoignages, d’aventures et de sentiments !

Cette invitation au voyage – par les formes et les couleurs – au travers à la fois de l’histoire et de la localisation géographique, est représentative de ce qui existe encore aujourd’hui, pour peu qu’on décide de voyager « autrement » et tant pis si l’ensemble de ces formes relève plus de l’artisanat que d’une moderne industrie : c’est sans doute ce qui rend cette présentation encore plus intéressante pour le domaine de la fabrication (sculpture et arts plastiques) et pour celui de l’animation (utilisation théâtrale des différents objets-masques).

Au-delà des repères anecdotiques propres à chaque pièce, il y a donc toujours une part d’histoire qui nous renvoie à un regard ou à une promesse de dépassement ! Le masque si souvent malmené, marginalisé, abandonné est pourtant toujours en vigueur pour des usages domestiques ou festifs partout dans le monde.

On peut donc encore l’approcher selon plusieurs angles : celui du matériau, celui de la fonction, celui de l’utilisation etc. et toujours il nous renvoie à nous-même, car plus qu’il ne cache, il révèle !
Puisse cette diversité issue du monde, nous questionner suffisamment pour mieux le comprendre !

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Les Baraques Polichinelles

Autour de la figure du bossu légendaire Polichinelle, Francis Debeyre, constructeur de masques et marionnettes, a réuni une centaine d’oeuvres dans l’exposition Les Baraques Polichinelles à la BANK (lieu dédié aux arts de la marionnette à Redon) du 28 octobre au 24 décembre 2017.

 

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Les Origines

D’où vient Pulcinella? Certains le rapprochent de MACCUS, personnage des comédies romaines dont on a trouvé des statuettes dans les fouilles de Pompéi¨. D’autres racontent qu’in serait inspiré d’un comique paysan du village d’Accera, proche de Naples. Rien n’est prouvé…

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Pulcinella roi de Carnaval

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Pulcinella est de tous les carnavals: c’est la figure-clef des carnavals ruraux du sud de l’Italie avec ses tarentelles et sa « chanson de Zéza », peut-être une des origines du personnage.

Jusqu’au 19ème siècle, il est roi de la fête des grands carnavals de Rome et de Venise, de Paris et de Nuremberg.

Il reste aujourd’hui encore la mascotte de nombreux carnavals d’Europe, ainsi en France à Cassel, à Bâle en suisse, ou en Belgique à Fosses-le-Ville où défilent les « Chinels ».

 

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Violence

PULCINELLA peut-être aussi violent par les coups. La bastonnade explose comme dernier argument quand la discussion tourne mal pour lui. Mais il s’enfuit vite quand l’adversaire se rebiffe car Pulcinella est un lâche.

2017-Polichinelle-expo-Redon-Bank (29)pDialogue pour marionnettes

La mort : Pulcinella, Pulcinella, où vas-tu coucher cette nuit ?

Pulcinella : Je coucherai dans mon lit !

La mort : Je viendrai te rejoindre dans ton lit … et je t’étoufferai.

Pulcinella : Alors je me coucherai sous le lit !

La mort : Je te suivrai sous le lit et je t’étoufferai.

Pulcinella: Et moi, j’attraperai le pot de chambre plein de pisse et je te le foutrai sur la gueule !!!

Le Masque de Naples

Naples au sud de l’Italie grouillante de tous les trafics fut l’une des plus grandes capitales d’Europe, juxtaposant palais, église et taudis.

Pour tous, rois, bourgeois, prêtres et surtout pour le menu peuple misérable, PULCINELLA incarne la « napolitude » avec ses qualités et ses défauts, la débrouille et la roublardise, l’arranglarsi, …

Et Naples rit d’elle-même en regardant PULCINELLA tour à tour malhonnête et misérable, amoureux et colérique, ridicule et grandiose.

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Du poulet au coq

L’apparence de Polichinelle fut d’abord, au début du 17ème siècle, celle de Pulcinella et des farceurs de foire: nez crochu et larges habits blancs. Mais son extrême vulgarité provoqua son rejet provisoire des scènes.

Vers la fin du siècle, il réapparut sous une nouvelle apparence qui ne varia guère depuis. La double bosse rendait sa silhouette immédiatement reconnaissable. Son nouvel habit était le mélange de la tenue du fou de cour et de l’uniforme du capitan de comédie: jaune, vert, rouge alternés par moitié ou par bandes.

Ce vieux coq poudré, de plus en plus chargé de dentelles, de rubans et de grelots devint alors le déguisement familier des bals, des carnavals et des opéras.

Drôle d’oiseau

Pulcino (en italien): poulet, poussin

Pulcinella (diminutif féminisé): petite poulette

Yeux fixes, nez en bec, voix caquetante, bêtise légendaire, démarche sautillante, tout, dans Pulcinella, rappelle le poulet teigneux et maigrichon des ruelles de la pauvreté.

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BOSSU

PULCINELLA est bossu. Il porte ce qu’à Naples on nomme « la double panse ». C’est aussi le signe de son origine campagnarde: Naples était entouré de marécages et certaines maladies des marais provoquent des difformités. On dit aussi que la bosse porte bonheur: à Naples, ville superstitieuse, le petit bossu avec sa corne rouge et son fer à cheval est une triple protection contre le mauvais œil. On dit « rire comme un bossu » ou « se payer une bosse de rire ». Le bossu est, dans l’art, un « monstre positif » comme les nains. A l’Age Baroque, il amuse les cours des princes. Au temps du Romantisme, il est un héros bon et malchanceux, ainsi Triboulet ou Quasimodo de Victor Hugo.

2017-Polichinelle-expo-Redon-Bank (4)pLa mauvaise réputation

Polichinelle est arrivé dans les bagages des reines et ministres italiens du 17ème siècle.

Joué dans les rues et les foires, il a alors très mauvais genre: sa brutalité et son obsénité ne sont pas du goût du public de cour.

S’attaquant à toute forme d’ordre établi, il devient pendant les périodes révolutionnaires, le porte-parole des plus enragés. Ainsi le voit-on, dans son castelet dressé près de la guillotine, commenter les exécutions de ses ricanements!

Peu à peu l’Ordre fit taire cette voix monstrueuse qui ne respectait ni Police, ni Famille, ni Maître, ni Dieu.

Mais l’image de la canaille resta longtemps dans la mémoire des caricaturistes politiques qui l’utilisait pour brocarder les « coquins et les copains » au pouvoir.

Sage comme une image

Les « images d’Épinal » ont fixé et multiplié la nouvelle allure de Polichinelle : un vieux farceur bourru couvert de dentelles.

Les planches colorées ont popularisé ses aventures et des chansons en les édulcorant pour ne pas effrayer la clientèle enfantine et la morale bourgeoise.

La fin d’une canaille

Polichinelle-la-canaille ne survécut pas au Second Empire et le petit peuple fut dépossédé de son porte-parole.

Les jardins publics étaient devenus payants. Les spectacles devaient être autorisés par la police. Bientôt le rôle de Polichinelle se réduisit à la parade d’ouverture des spectacles d’un Guignol sagement facétieux.

Le public se réduisit aux enfants sages escortés de les parents et de leurs nounous. Finie la vulgarité ! Il devint une friandise, un jouet, une image de garnement bien loin de la canaille d’antan.

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Depuis le 17ème siècle, et encore aujourd’hui, pour les fêtes, les anniversaires et les vacances à la plage, Les Doctors (ainsi se nomment eux-même les montreurs de Punch & Judy) jouent l’éternelle ballade dans leur castelet à rayures.

Petits et grands reprennent en chœur les répliques et les chansons.

That’s the way to do it!

 

God Save Mr Punch

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Mr Punch, l’assassin ricaneur, le trousseur de filles, est un héros national, une incarnation du génie britannique.

Bien sûr, ce coquin est né de Pulcinella que des bateleurs italiens avaient acclimaté aux tréteaux de Londres (son nom est l’abréviation de Punchiniello).

Mais il est aussi une incarnation d’Old Nick, le bouffon paillard et diabolique du Moyen-Age anglais.

WANTED !

La ballade de Mister Punch est l’histoire d’un serial killer, un vrai jeu de massacre. Le pantin bossu et crochu est persifleur, brutal et obsédé. Il assassine successivement son bébé, sa femme, le médecin, un crocodile, un gendrame, le bourreau, le Diable en personne. Et même la mort. Tout cela dans un grand rire grinçant et suraigu.

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Don Cristobal l’Espagnol (comme le Portugais Don Roberto) est un digne membre de la famille: ce notable avaricieux est un ivrogne violent et libidineux. Son chantre le plus célèbre fut le poète Federico Garcia Lorca dans deux pièces « Marionnettes au gourdin » (1937) et « Le petit retable de Don Cristobal » (1938).

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HANSWURT (jean Saucisse) est d’abord l’héritier de HANSNARR, Jean le fou carnavalesque de Moyen-Age allemand.

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HANSWURST a assimilé la tradition de Pulcinella et de Polichinelle au contact des bateleurs étrangers.

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Son (mauvais) caractère est dominé par l’ivrognerie et la gueulardise. Luther traitait les moine de « HANSWURST ! »

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Les aventures et les combats de HANSWURST ressemblent beaucoup à ceux de ses cousins.

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2017-Polichinelle-expo-Redon-Bank (18)p.jpgKARAGÖZ LE TURC

KARAGÖZ est le héros du théâtre d’ombres turc. Ses origines sont-elles indiennes? tziganes? égyptiennes? En tout cas, on le trouve dans tout l’ancien empire turc c’est-à-dire autour de la Méditérranée.

Homme du peuple roublard, bâfeur, paresseux, querelleur, doté d’un gros appétit sexuel, il se bat contre tous les pouvoir. Ainsi, il fut interdit en Algérie parce qu’il ridiculisait les colons français.

 

KARAGHIOSIS LE GREC

En Grès, au moment de la guerre d’indépendance, le bossu changea de nom et devint le symbole de la lutte… contre les Turcs !

Moins vulgaire que son homologue turc, fortement teinté de nationalisme, il reprend le vieux répertoire des légendes traditionnelles grecques.

 

2017-Polichinelle-expo-Redon-Bank (20)p.jpgOn raconte que le sultan Orhan faisait construire une mosquée à Bursa. Sur le chantier, le forgeron KARAGÖZ distrayait les ouvriers de leur travail par les plaisanteries. Comme le chantier n’avançaient guère, le sultan fit pendre KARAGÖZ, mais, prit de remords, il demanda à l’un de ses courtisans de la faire revivre par des contes.

On raconte aussi que KARAGÖZ, tzigane, beau parleur, rusé et menteur était le messager de l’empereur de Byzance. Hadjivat, lui, portait le courrier à La Mecque. Quand leurs chemins se croisaient, les deux compères s’arrêtaient, buvaient et se disputaient pour la plus grande joie des témoins!

VITEZ LASZLO est le héros comique des marionnettes traditionnelles hongroises depuis le 17ème siècle. Aujourd’hui, son dernier montreur, Henrik Kemeny, a plus de 80 ans. Vitez Laszlo est un bidasse naïf et grossier qui se saoule dès qu’il en a l’occasion, court les filles et se bat avec les officiers et les diables. Bref, il est de la famille ! Signe particulier : il massacre ses adversaire à coup de poêle à frire !

Images d’autres curiosités présentes dans l’exposition, photo © Laëtitia Rouxel

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L’eucalyptus arc-en-ciel : un arbre fou aux couleurs irréelles !

Source: http://positivr.fr/eucalyptus-arc-en-ciel-photos/

Par Axel Leclercq

Originaire d’Asie, cette espèce d’arbre est tout à fait insolite et fascinante. Son écorce présente des couleurs psychédéliques… et évolutives !

Non, les arbres que vous allez voir ne sont pas le fruit de manipulations génétiques douteuses (pas plus qu’ils n’ont été photoshopés) ! Ils appartiennent juste à une espèce aux couleurs naturellement incroyables et au nom parfaitement approprié : l’eucalyptus arc-en ciel ! Gros plan sur un arbre aussi méconnu que fascinant.

Chaque couche d’écorce de l’eucalyptus arc-en-ciel est d’une couleur uniforme. Mais, comme l’arbre pèle, on peut voir plusieurs couleurs à la fois ! D’ailleurs le nom scientifique de cette variété est eucalyptus deglupta, du latin degluptere qui signifie peler…

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Source : Futura Sciences

Compte tenu de ce phénomène, chaque arbre change continuellement d’aspect et de couleur et aucun spécimen ne ressemble à un autre !

L’eucalyptus arc-en ciel est originaire de quelques îles des Philippines, d’Indonésie, et de Papouasie-Nouvelle Guinée.

Contrairement aux plus de 900 autres variétés d’eucalyptus recensées, celle-ci a la particularité d’être la seule à ne pas produire d’huile essentielle.

C’est aussi l’unique espèce à pousser dans l’hémisphère nord.

eucalyptus-arc-en-ciel-photos-2Source : Roy Goldsberry

eucalyptus-arc-en-ciel-photos-3Source : Scott Seskoeucalyptus-arc-en-ciel-photos-4Source : Ross Schreitereucalyptus-arc-en-ciel-photos-5Source : Justine Millereucalyptus-arc-en-ciel-photos-6Source : Steve Nelsoneucalyptus-arc-en-ciel-photos-7Source : Holly Laddeucalyptus-arc-en-ciel-photos-9Source : Jupiter Queeneucalyptus-arc-en-ciel-photos-10Source : Jupiter Queen

 

Pourquoi un animal?

Pourquoi un animal? Un animal, surtout un chat, je parle du chat, c’est une vérité, une liberté. Bien sûr en partie socialisée parce que ce sont des animaux domestiques. Mais en même temps sans aucune des exigences et des masques que l’homme revêt, en société par nécessité. Donc un animal non dressé, un peu domestique c’est vrai, mais qui comme pour un chat reste au fond une liberté, c’est la vie dans son authenticité. C’est un peu comme une plante si vous voulez. Quand on met une plante en pot c’est aussi la vie. Je crois que c’est un peu pour ça qu’on voit aujourd’hui les gens dans nos sociétés avoir de plus en plus d’animaux et de plus en plus de plantes. La vie vraie des gens et leurs visages vrais deviennent si rare, se masquent si souvent qu’on a envie de pouvoir avoir un animal.

Max Gallo entendu dans l’émission radio Sur les Docks: A plumes et à poils, un documentaire de Vinciane Moeschler

http://www.franceculture.fr/emissions/sur-les-docks/plumes-et-poils

Phyllis Galembo

Photographe, professeur à l’Université de New York et collectionneuse de costumes d’Halloween, Phyllis Galembo explore depuis trois décennies les tréfonds de l’Afrique de l’Ouest et des Caraïbes pour en capturer les rituels religieux et la culture locale. Autant d’occasions de mettre en scène un imaginaire hybride, quelque part à la croisée des chemins entre la fiction, la mode vestimentaire et l’anthropologie.

Phyllis Galembo, Two in Fancy Dress with Pointed Hats, Tumus Masquerade Group, Winneba, Ghana, 2009

Phyllis Galembo, Masquerade groups, Ghana, 2009-2010

–> http://galembo.com/

Interview:

Mascarade, une décennie à représenter les rituels qui font partie de religions aux racines africaines et qui sont tous connectés.

Phyllis, d’où vous vient cette fascination pour ces religions qu’on appelle « syncrétiques »?
Dans le passé j’ai beaucoup travaillé sur des religions traditionnelles au Nigeria,à Haïti et au Brésil. Les connexions sont devenues claires pour moi et m’ont permis de voir vers où je voulais aller travailler ensuite. Je suis retournée au Nigeria et après y avoir photographié des prêtres et des prêtresses, je me suis concentrée sur des danseurs de mascarade au Bénin, le vaudou et le carnaval de Jacmel à Haïti et beaucoup d’autres endroits colorés et dynamiques.

Donc est-ce que les photographies sont purement esthétiques ?
Je me concentre vraiment sur le côté artistique et esthétique d’abord, mais je suis aussi très intéressé par l’histoire derrière les costumes colorés. La Couleur est une grande partie du costume et le rituel. Les éléments comme la couleur, la lumière et l’arrière-plan renforcent la photo et le récit.

Est-ce que ces éléments sont toujours présents ou y a-t-il aussi un certain niveau de mise en scène ou d’organisation et dans quelle mesure ?
C’est seulement mis en scène une fois que j’obtiens la permission de la personne de poser. J’ai mon studio portable, qui permet d’apporter aux couleurs beaucoup de lumière. J’utilise seulement mon matériel pour des raisons techniques, ce n’est pas mis en scène : je situe la scène et c’est tout.

Et après cela ?
Je les photographie juste où je les trouve. La plupart du temps ils sont en dehors des rituels, mais parfois je les attrape dans le feu de l’action. Dans ce cas vous obtenez les arrière-plans les plus exceptionnels. c’est difficile parce que souvent ces cérémonies sont tout à fait privées.

Est-ce que c’est un projet continu ou y-a-t-il d’autres projets à venir ?
Ceux-ci sont tous les petits projets dans un grand projet où ils peuvent être autonome, mais je n’en suis pas encore là. Les rituels changent toujours. J’ai photographié dans un village pendant plus de dix ans et il y a toujours quelque chose de différent.

Il est assez étonnant de voir ce qui arrive sur la durée. Ça reflète un peu la politique dans une certaine période aussi. En plus, j’ai traversé d’autres endroits intéressants, comme le Burkina Faso et le Congo, mais j’essaye de me concentrer pour terminer maintenant. Vous ne savez jamais quelle sera la prochaine obsession.

 

Sources: http://www.gupmagazine.com/articles/an-interview-with-phyllis-galembo

Le coloriage

Source: http://www.franceculture.fr/emissions/fictions-la-vie-moderne/agence-matrimoniale-de-laetitia-bianchi-15-les-btp-ou-la-joconde

Agence matrimoniale, de Lætitia Bianchi, épisode 2/5

Les agences matrimoniales sont bêtes. Elles cherchent la logique là où tout est silence. Combien de couples se séparent parce que ces petits gestes, cette façon de tenir le crayon, de reposer la salière… ? Dorénavant ça en est fini de ces malentendus : vous lui tendez une carte de l’océan atlantique et vous lui dites de colorier. Il dispose d’une heure en tout et pour tout. Une heure de coloriage, aujourd’hui, maintenant… À 34, à 45, à 17, à 63 ans…

– Bon et donc vous n’avez pas coché le grand brin… J’étais persuadée que vous cocheriez le grand brin, hin, hin, hin. Comme quoi, j’ai beau avoir de l’expérience dans le métier, je peux encore me tromper. Hin, hin, hin, hin… Pourquoi ça n’a pas collé d’ailleurs ?

– Alors, le grand brin. Il a commencé à colorier le pourtour de la France. Pas aventurier pour deux sous. Son stylo s’est posé le long de la Vendée, il est redescendu jusqu’à Biarritz et il a continué, petit à petit. Aux Açores, il a suspendu son geste. Puis il est revenu vers la France. Cette fois il s’est mis à la méditerranée, comme-ci son crayon ne pouvait pas partir ailleurs. Dix minutes étaient déjà passées qu’il n’était pas allé plus loin que mes dernières vacances. J’ai tout de suite su que ça collerait pas.

– Bon, bon, bon, bon… Et donc, vous êtes passée au blondinet. Il a du succès le blondinet. Beau gosse comme on dit.

– Moui, beau gosse.

– Ha, ha, ha, ha. Bien, bien, bien, bien.

– Je suis allée regarder ce qu’il faisait. Il était là, il fumait une clope d’un geste large, l’air satisfait. Il me regardait, désinvolte, l’air de dire : « Ça y est, j’ai fini. ». L’air de dire : « J’ai gagné du temps, c’est bon. À nous deux maintenant ! »

– Mmmh, mmmh, mmmh, mmmh. C’est bien ça.

– J’ai regardé sa feuille. Il avait fait une grande croix, tout en bas une légende. La croix dans le petit carré de la légende disait : bleu. Et ça, ça m’a bien plu. Au début ça m’a bien plu.

– Ah ! Ben c’est bien ça si ça vous a bien plu !

– Oui ! Mais en même temps ça m’a déçu.

– Oh…

– Pourtant, on a discuté un peu.

– Ah, vous avez discuté. Il y avait quand même un petit quelque chose alors.

– Oui, on a discuté. Je me laissais entraîner dans sa désinvolture. Mais, je jetais un coup d’œil à sa grande carte blanche et je me disais : « Pfou, quand même, quand même ! Une belle mer bleue. ». Je me disais « On ne navigue pas sur un concept ! L’art contemporain, pourquoi pas, mais va mettre un bateau sur une hachure… ». Je me disais : « Tu crois que parce que tu as écrit bleu c’est bleu ? ». C’est pas faux, mais c’est pas vrai non plus ! Bon, en tout cas le bleu qui pourrait m’emporter, c’est pas ce bleu de pacotille.

– Bon, bon,bon ! Ben pas la peine de me faire une tirade de deux kilomètres. On oublie le blondinet si je comprends bien.

– Oui, oui, on oublie le blondinet.

– Bon, bon, bon, bon. Alors, laissez-moi voir ce qui reste. Euh, euh, euh… Vous êtes un peu emmerdante si j’puis me permettre ! Quand même… Je pensais en finir avec vous vite… Vous êtes mignonne, mais je vois que… Bon c’est votre droit, on continue, donc. Qu’est-ce que j’ai encore dans mes fiches. Ah, ah, ah, ah, oui ! Le monsieur bon chic, bon genre. Vous savez, celui avec la chemise blanche.

– Ah non, non, non, non, non… Surtout pas, quelle horreur. Non, il faisait des grands gestes : gauche, droite, gauche, droite, pour aller le plus vite possible. Gauche, droite, j’en avais le mal de mer. J’lui ai dit : « Non mais, t’as tout ton temps mon ami ». Mais lui : chaud devant ! Après moi le déluge ! On m’a dit de colorier l’atlantique, je colorie l’atlantique ! Efficace, d’une efficacité qui ne sait plus le pourquoi du comment…

– C’est pas mal, tout de même, l’efficacité, non ? C’est bien ! Ça veut dire qu’on sait ce qu’on veut.

– Non, non, non, parce qu’il a d’abord colorié un tout petit bout du détroit de Magellan. Comme ça, bien fait. Mais le reste… Un chantier ! Un petit coup de crayon par-ci… Puis brouf ! Je me décourage… Et hop ! J’retourne au détroit de Magellan et je remonte jusqu’à je ne sais où dans l’Arctique.

– bon, bon, bon, bon. C’est vous qui voyait, ce n’est pas à moi de dire. Et, comment il s’appelle déjà ? Avec les cheveux frisés.

– Mmmh. Lui, il a fait tout le tour d’abord. Tout le tour le long des côtes, méticuleusement. Une sorte de cabotage. Pour pas déborder, il coloriait le tour, doucement. Ensuite, il lui restait plus qu’à remplir. Alors, bien sûr, on voit d’abord la prudence. Il protège ses arrières, ses avants, ses côtés, tout ! Mais, c’est vrai, ça m’a bien plu le coup des contours.

– Ah ! Ça vous a bien plu le coup des contours ! Bien, très bien ça !

– Il avait commencé par l’Afrique. Et, je sais pas… Voir la côte de la Guinée-Bissau, donc je ne savais même pas à l’époque qu’elle s’appelait Guinée-Bissau, d’ailleurs. Oui, ça m’a plu.

– Oh oui, ah c’est bien. J’étais sûr…

– Ah, non, non, non, non, non. J’ai pas dis que c’était oui. Non, oui, enfin, ça m’a plus le coup des côtes. Mais non, non, pas du tout.

– Bon ! J’imagine qu’on élimine celui avec les lunettes ?

– Oh, on élimine. On élimine direct ! Il m’a dit : « J’suis graphiste. J’te scannes la carte. J’te fais un coup de photoshop. Remplissage bleu et c’est bon ! » Pfou, non mais alors vraiment !

– Ouf, ouf, ouf, ouf, ouf, ouf, ouf… Je ne sais plus quoi vous dire moi, mademoiselle.

– Non mais attendez. Ensuite, il m’a dit : « J’vais t’le choisir ton bleu ! » et il m’a montré sur son portable tous les dégradés possible. Et on peu pas croire que le monde existe seulement dans ces couleurs là ! Brillantes et ternes à la fois… Toutes lisses sur l’écran et bêtes. Alors que le bleu ! Quand on connaît le bleu de Prusse et le bleu outremer et le bleu de cobalt et le bleu roi, …

– Oh, oh, oh, oh ! On va pas se mettre à parler noms des couleurs et des bleus et des jaunes et des rouges ! Hein, mademoiselle ! Il y a douze personnes qui attendent dehors alors vous comprendrez que je n’ai pas que ça à faire. Parler du bleu des Russes et je ne sais quoi ! J’ai du travail ! Alors, maintenant vous me dites s’il en reste un ou non qui vous a plu et puis on écourte parce qu’on va pas y passer la journée !

– Oui, y’a celui qui a pas fini. Avec son stylo, il faisait des petits points, des petites hachures. Bien sûr ça allait pas bien vite, ça allait bien lentement même… Et c’est ça qui me plaisait, ça allait bien lentement. Des petites vagues, là-bas, tout là-bas, le long du golfe qui s’étend de l’Inde à l’Indonésie. Des noms de pays où se baigner : Irian Jaya, des voyelles liquides. Puis, un crayon… un peu de poudre de crayon, avec le doigt il a étalé. On aurait dit une mer calme, une légère houle. Bien sûr c’était long, mais les peintres des mappemondes, ils ont bien dû la colorier la mer ? Ils ont imaginé toutes ses vagues : les pointues, les rondes, les moins rondes, les régulières, les déferlantes. Ils ont eu cette patience. Ils ont eu ces heures de silence. Ils ont su y faire avec les attentes.

Camouflage urbain

Sources: http://www.urbancamouflage.de/index.php?/urban/about/

Screenshot from 2016-01-15 16:54:30

Camouflage Urbain est un projet de Sabina Keric et Yvonne Bayer

Nous avons commencé le Camouflage Urbain en 2007 pendant notre échange à Konstfack – Nous avons continué en 2009 et 2010.

Le camouflage Urbain traite la question comment se camoufler soi-même et son identité dans l’espace commercial. Les costumes sont inspirés par les « ghillie suits », les costumes de camouflage de tireurs isolés et ds chasseurs.

L’espace commercial est une zone propre et intouchable. D’habitude il n’y a aucune activité artistique. Le client ne s’attend à rien d’extraordinaire dans un monde de marques et d’étiquettes de prix. Notre projet dépasse la limite et entre dans le monde du commerce sans aucune permission.

Nous avons choisi les grands hypermarchés à cause de l’extrême gamme de marchandises, les moniteurs étincelants et les grandes espaces de ventes. La personne camouflée se mélange dans l’environnement. Il ou elle peut disparaître pendant un moment et rend possible sa fusion avec le supermarché pour se défendre du bruit du négoce.

Les costumes ont été faits de matériaux simples et bon marché, l’effet de camouflage n’est pas seulement issu de la couleur, c’est surtout du fait de la structure tridimensionnelle.

Les réactions ont été différentes. Comme mentionné ci-dessus, nous n’avons pas demandé de permission. La plupart des salariés ont réagi avec humour, mais nous avons eu des problèmes avec les directions et avons dû quitter quelques actions plus tôt que nous l’aurions voulu.

Les réactions de clients étaient aussi très différentes. Certains se sont intéressés et ont essayé de toucher le costume, d’autres se sont irrités et sont restés à une certaine distance. Il y avait aussi les clients qui nous ont ignorés complètement, il semblait qu’ils ne voulaient pas qu’on les dérange.

Dimanche de Sidros y Comedies

Source, lien video: http://www.rtpa.es/sociedad:Domingo-de-Sidros-y-Comedies_111452438336.html

Domingo de Sidros y Comedies en el campo de la iglesia de Valdesoto (
Dimanche de Sidros y Comedies sur la place de l’église de Valdesoto (Siero), 2014 (source: http://multimedia.lne.es/fotos/espectaculos/domingo-sidros-comedies-valdesoto-15912.shtml

Des centaines de personnes se sont rendus à Valdesoto pour profiter de la tradition.
Les guerres, le manque d’accord pour choisir le président du gouvernement, les dernières nouveautés de la politique catalane et uassi pourquoi pas les nouvelles de Valdesoto, sont certains des sujets protagonistes du dimanche de Sidros y Comedies de la province de Siero, en Espagne.

Une année de plus, la pluie a fait un acte de présence, ce qui n’a pas empêché que des centaines de personnes des quatre coins des Asturies se sont rendus jusqu’à Valdesoto.

La tradition attire les gens pris à témoin de cette mascarade d’hiver qui essaie de récupérer l’esprit de l’antroxu asturien (personnage carnavalesque).

Tenues inspirées par les tissus des transports publics allemands

Source: http://www.thisiscolossal.com/2016/08/outfits-sourced-from-german-transportation-fabric/ de 

MenjaStevenson_01.jpg“Bustour S (Stuttgart public bus)” (2006), all images © Menja Stevenson

Comme le plus grand nombre qui lit cet article, l’artiste allemande Menja Stevenson a eu sa part de tours dans des bus de ville et des trains, dont chacun l’a forcée (et vous) à être assis sur des places assises conçues d’uniformes aux couleurs criardes. Le tissu, comme examiné selon cet article de la BBC, est non seulement fait pour survivre aux tâches, mais aussi aux tendances, ces motifs péniblement ternes peuvent durer une décennie ou plus.

Intéressé par cette matière accidentellement durable, Stevenson a commencé à rechercher et créer des tenues à partir de ces tissus en 2006 pour son projet Bustour. Le projet l’a forcée à persuader des entreprises de transport allemandes de personnellement lui expédier le tissu, comme ils ne sont pas disponibles dans le commerce. Après finalement avoir obtenu les matériaux, elle a conçu des vêtements qui se sont esthétiquement camouflés dans chaque bus ou intérieur de train qui correspond au tissu, capturant la réaction des compagnons de voyage.

« En les portant, vous suez énormément, ils donnent l’impression de porter une armure de chevalier et c’est dur d’être naturel, » a dit Stevenson. « Je ne pouvais pas croire que beaucoup de personnes n’ont pas réalisé le rapport en me voyant avec les sièges, ensemble. Ont-ils pensé  que cela était une pure coïncidence ? Au moins, quelques personnes curieuses m’ont parlé et quelques-uns ont ri, mais la plupart des passagers me regarderaient timidement et détourneraient rapidement les yeux. »

Vous pouvez voir la documentation archivée de ces réactions (ou leur manque) sur le site Web de Stevenson.

MenjaStevenson_02.jpg“Bustour S (Stuttgart Metro)” (2008)
MenjaStevenson_03.jpg“Bustour RW (Rottweil public bus)” (2010)
MenjaStevenson_04.jpg“Bustour B (Bielefeld public bus)” (2015)
MenjaStevenson_05.jpg“Bustour M (Münster public bus)” (2015)
MenjaStevenson_06.jpg“Public Pattern / Bustouren” (2006)

La ville mexicaine qui éclate des piñatas remplies d’animaux vivants

Cet article a été initialement publié sur VICE Mexique puis publié sur http://www.vice.com/fr/read/sacrifice-animaux-citilcum-922?utm_source=vicefrfb Par Tomás Martín

Toutes les photos sont de Hugo Borges

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Chaque année, sans exception, les habitants de la ville de Citilcum célèbrent un rituel connu sous le nom de Kots Kaal Pato. Pour résumer grossièrement, les habitants se parent de leurs plus beaux habits, se réunissent près d’une structure en bois située dans le centre-ville avant de tuer un tas d’animaux innocents.

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Le Kots Kaal Pato n’est pas si éloigné des traditionnelles piñatas du Mexique. Mais au lieu de remplir un récipient en papier mâché de bonbons colorés, les gens y insèrent des animaux vivants réunis par les enfants de la ville. Si la plupart de ces pauvres animaux sont des iguanes, on peut aussi y trouver des espèces en voie de disparition, comme des opossums.

Ce rituel voit ensuite les gens se succéder pour frapper les animaux avec des bâtons. Malheureusement, les rares bêtes qui survivent à l’issue du massacre succombent souvent à leurs blessures. Si elles arrivent miraculeusement à s’échapper, la foule s’empresse de les rattraper pour les écraser.

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Après avoir écoulé leur stock d’opossums, les habitants de Citilcum ont amené un canard. L’oiseau est attaché et pendu à une structure en bois, et les gens se bousculent pour être les premiers à l’attraper.

Bien évidemment, le canard est mort au moment où sa nuque a été brisée, mais il faut parfois un peu de temps pour que le « champion » parvienne à décapiter l’animal. Le public finit souvent aspergé de sang. Le plus choquant, c’est que les habitants ne semblent pas du tout troublés par ce spectacle macabre. Au contraire, tous semblent éprouver une certaine joie.sacrifice-animaux-citilcum-922-body-image-1432818141

Bien que cet événement soit très important pour les gens de Citilcum, aucune des personnes présentes n’a été en mesure de m’expliquer les origines de cette tradition cruelle – pas même les anciens du village.

« On ne sait pas vraiment d’où vient cette tradition. Mes parents m’ont appris son existence, et eux-mêmes le tiennent de leurs propres parents, etc. À l’époque, le rituel se pratiquait autour d’un kapokier situé non loin d’ici, mais en 2002 – quand l’ouragan Isidore a sévi sur le Yucatán –, l’arbre est tombé », m’a raconté Idelfonso Tec, un vieil homme né à Citilcum. Depuis, la célébration se déroule dans un parc situé près des établissements municipaux de la ville.

Freddy Poot Sosa, un chercheur spécialisé dans la culture maya, avait l’air aussi peu informé sur l’événement. « Je ne savais pas du tout qu’une telle célébration existait. J’imagine que c’est une tradition très locale et exclusive », m’a-t-il confié.

Personne ne sait vraiment comment ce rituel a commencé, mais une chose demeure certaine – le Kots Kaal Pato existe encore en 2015.