Cricri, Alice Dona, 2004

Pour le moment, entre nouveaux travailleurs, on n’a pas le temps de penser à tout ça. On est tous trop occupés à fabriquer des jolies pompons rouges qui seront cousus plus tard sur des bérets de marins, par des militaires couturiers. Gérard, le chef des éducateurs, m’a dit que mes pompons étaient les plus beaux.

Pour faire un pompon, c’est un peu comme pour une recette de cuisine, il suffit de bien observer les mesures et ça marche : faire une frange de soixante-huit centimètres, puis rouler sur sept mètres trente en y insérant un long fil. Attention, il ne faut pas que le pompon pèse plus ni moins que huit grammes ! Après, on coupe tous les brins de laie ensemble en les entourant bien du long fil. C’est très difficile, mais moi, j’y arrive.

C’est avec le poids que j’ai le plus de problèmes. Trop léger ! Trop lourd ! Je ne comprends pas bien pourquoi il est si important qu’un pompon pèse absolument huit grammes, surtout que Gérard trouve que les miens sont les plus beaux. Il a même ajouté que lorsqu’on touche le pompon d’un marin, ça porte bonheur. Moi, j’en touche toute la journée !

Finalement, ça me fatigue déjà de fabriquer du pompon porte-bonheur…

Le Livre de Poche, édition Anne Carrière, p.118-119

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s