L’eucalyptus arc-en-ciel : un arbre fou aux couleurs irréelles !

Source: http://positivr.fr/eucalyptus-arc-en-ciel-photos/

Par Axel Leclercq

Originaire d’Asie, cette espèce d’arbre est tout à fait insolite et fascinante. Son écorce présente des couleurs psychédéliques… et évolutives !

Non, les arbres que vous allez voir ne sont pas le fruit de manipulations génétiques douteuses (pas plus qu’ils n’ont été photoshopés) ! Ils appartiennent juste à une espèce aux couleurs naturellement incroyables et au nom parfaitement approprié : l’eucalyptus arc-en ciel ! Gros plan sur un arbre aussi méconnu que fascinant.

Chaque couche d’écorce de l’eucalyptus arc-en-ciel est d’une couleur uniforme. Mais, comme l’arbre pèle, on peut voir plusieurs couleurs à la fois ! D’ailleurs le nom scientifique de cette variété est eucalyptus deglupta, du latin degluptere qui signifie peler…

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Source : Futura Sciences

Compte tenu de ce phénomène, chaque arbre change continuellement d’aspect et de couleur et aucun spécimen ne ressemble à un autre !

L’eucalyptus arc-en ciel est originaire de quelques îles des Philippines, d’Indonésie, et de Papouasie-Nouvelle Guinée.

Contrairement aux plus de 900 autres variétés d’eucalyptus recensées, celle-ci a la particularité d’être la seule à ne pas produire d’huile essentielle.

C’est aussi l’unique espèce à pousser dans l’hémisphère nord.

eucalyptus-arc-en-ciel-photos-2Source : Roy Goldsberry

eucalyptus-arc-en-ciel-photos-3Source : Scott Seskoeucalyptus-arc-en-ciel-photos-4Source : Ross Schreitereucalyptus-arc-en-ciel-photos-5Source : Justine Millereucalyptus-arc-en-ciel-photos-6Source : Steve Nelsoneucalyptus-arc-en-ciel-photos-7Source : Holly Laddeucalyptus-arc-en-ciel-photos-9Source : Jupiter Queeneucalyptus-arc-en-ciel-photos-10Source : Jupiter Queen

 

Phyllis Galembo

Photographe, professeur à l’Université de New York et collectionneuse de costumes d’Halloween, Phyllis Galembo explore depuis trois décennies les tréfonds de l’Afrique de l’Ouest et des Caraïbes pour en capturer les rituels religieux et la culture locale. Autant d’occasions de mettre en scène un imaginaire hybride, quelque part à la croisée des chemins entre la fiction, la mode vestimentaire et l’anthropologie.

Phyllis Galembo, Two in Fancy Dress with Pointed Hats, Tumus Masquerade Group, Winneba, Ghana, 2009

Phyllis Galembo, Masquerade groups, Ghana, 2009-2010

–> http://galembo.com/

Interview:

Mascarade, une décennie à représenter les rituels qui font partie de religions aux racines africaines et qui sont tous connectés.

Phyllis, d’où vous vient cette fascination pour ces religions qu’on appelle « syncrétiques »?
Dans le passé j’ai beaucoup travaillé sur des religions traditionnelles au Nigeria,à Haïti et au Brésil. Les connexions sont devenues claires pour moi et m’ont permis de voir vers où je voulais aller travailler ensuite. Je suis retournée au Nigeria et après y avoir photographié des prêtres et des prêtresses, je me suis concentrée sur des danseurs de mascarade au Bénin, le vaudou et le carnaval de Jacmel à Haïti et beaucoup d’autres endroits colorés et dynamiques.

Donc est-ce que les photographies sont purement esthétiques ?
Je me concentre vraiment sur le côté artistique et esthétique d’abord, mais je suis aussi très intéressé par l’histoire derrière les costumes colorés. La Couleur est une grande partie du costume et le rituel. Les éléments comme la couleur, la lumière et l’arrière-plan renforcent la photo et le récit.

Est-ce que ces éléments sont toujours présents ou y a-t-il aussi un certain niveau de mise en scène ou d’organisation et dans quelle mesure ?
C’est seulement mis en scène une fois que j’obtiens la permission de la personne de poser. J’ai mon studio portable, qui permet d’apporter aux couleurs beaucoup de lumière. J’utilise seulement mon matériel pour des raisons techniques, ce n’est pas mis en scène : je situe la scène et c’est tout.

Et après cela ?
Je les photographie juste où je les trouve. La plupart du temps ils sont en dehors des rituels, mais parfois je les attrape dans le feu de l’action. Dans ce cas vous obtenez les arrière-plans les plus exceptionnels. c’est difficile parce que souvent ces cérémonies sont tout à fait privées.

Est-ce que c’est un projet continu ou y-a-t-il d’autres projets à venir ?
Ceux-ci sont tous les petits projets dans un grand projet où ils peuvent être autonome, mais je n’en suis pas encore là. Les rituels changent toujours. J’ai photographié dans un village pendant plus de dix ans et il y a toujours quelque chose de différent.

Il est assez étonnant de voir ce qui arrive sur la durée. Ça reflète un peu la politique dans une certaine période aussi. En plus, j’ai traversé d’autres endroits intéressants, comme le Burkina Faso et le Congo, mais j’essaye de me concentrer pour terminer maintenant. Vous ne savez jamais quelle sera la prochaine obsession.

 

Sources: http://www.gupmagazine.com/articles/an-interview-with-phyllis-galembo

Le coloriage

Source: http://www.franceculture.fr/emissions/fictions-la-vie-moderne/agence-matrimoniale-de-laetitia-bianchi-15-les-btp-ou-la-joconde

Agence matrimoniale, de Lætitia Bianchi, épisode 2/5

Les agences matrimoniales sont bêtes. Elles cherchent la logique là où tout est silence. Combien de couples se séparent parce que ces petits gestes, cette façon de tenir le crayon, de reposer la salière… ? Dorénavant ça en est fini de ces malentendus : vous lui tendez une carte de l’océan atlantique et vous lui dites de colorier. Il dispose d’une heure en tout et pour tout. Une heure de coloriage, aujourd’hui, maintenant… À 34, à 45, à 17, à 63 ans…

– Bon et donc vous n’avez pas coché le grand brin… J’étais persuadée que vous cocheriez le grand brin, hin, hin, hin. Comme quoi, j’ai beau avoir de l’expérience dans le métier, je peux encore me tromper. Hin, hin, hin, hin… Pourquoi ça n’a pas collé d’ailleurs ?

– Alors, le grand brin. Il a commencé à colorier le pourtour de la France. Pas aventurier pour deux sous. Son stylo s’est posé le long de la Vendée, il est redescendu jusqu’à Biarritz et il a continué, petit à petit. Aux Açores, il a suspendu son geste. Puis il est revenu vers la France. Cette fois il s’est mis à la méditerranée, comme-ci son crayon ne pouvait pas partir ailleurs. Dix minutes étaient déjà passées qu’il n’était pas allé plus loin que mes dernières vacances. J’ai tout de suite su que ça collerait pas.

– Bon, bon, bon, bon… Et donc, vous êtes passée au blondinet. Il a du succès le blondinet. Beau gosse comme on dit.

– Moui, beau gosse.

– Ha, ha, ha, ha. Bien, bien, bien, bien.

– Je suis allée regarder ce qu’il faisait. Il était là, il fumait une clope d’un geste large, l’air satisfait. Il me regardait, désinvolte, l’air de dire : « Ça y est, j’ai fini. ». L’air de dire : « J’ai gagné du temps, c’est bon. À nous deux maintenant ! »

– Mmmh, mmmh, mmmh, mmmh. C’est bien ça.

– J’ai regardé sa feuille. Il avait fait une grande croix, tout en bas une légende. La croix dans le petit carré de la légende disait : bleu. Et ça, ça m’a bien plu. Au début ça m’a bien plu.

– Ah ! Ben c’est bien ça si ça vous a bien plu !

– Oui ! Mais en même temps ça m’a déçu.

– Oh…

– Pourtant, on a discuté un peu.

– Ah, vous avez discuté. Il y avait quand même un petit quelque chose alors.

– Oui, on a discuté. Je me laissais entraîner dans sa désinvolture. Mais, je jetais un coup d’œil à sa grande carte blanche et je me disais : « Pfou, quand même, quand même ! Une belle mer bleue. ». Je me disais « On ne navigue pas sur un concept ! L’art contemporain, pourquoi pas, mais va mettre un bateau sur une hachure… ». Je me disais : « Tu crois que parce que tu as écrit bleu c’est bleu ? ». C’est pas faux, mais c’est pas vrai non plus ! Bon, en tout cas le bleu qui pourrait m’emporter, c’est pas ce bleu de pacotille.

– Bon, bon,bon ! Ben pas la peine de me faire une tirade de deux kilomètres. On oublie le blondinet si je comprends bien.

– Oui, oui, on oublie le blondinet.

– Bon, bon, bon, bon. Alors, laissez-moi voir ce qui reste. Euh, euh, euh… Vous êtes un peu emmerdante si j’puis me permettre ! Quand même… Je pensais en finir avec vous vite… Vous êtes mignonne, mais je vois que… Bon c’est votre droit, on continue, donc. Qu’est-ce que j’ai encore dans mes fiches. Ah, ah, ah, ah, oui ! Le monsieur bon chic, bon genre. Vous savez, celui avec la chemise blanche.

– Ah non, non, non, non, non… Surtout pas, quelle horreur. Non, il faisait des grands gestes : gauche, droite, gauche, droite, pour aller le plus vite possible. Gauche, droite, j’en avais le mal de mer. J’lui ai dit : « Non mais, t’as tout ton temps mon ami ». Mais lui : chaud devant ! Après moi le déluge ! On m’a dit de colorier l’atlantique, je colorie l’atlantique ! Efficace, d’une efficacité qui ne sait plus le pourquoi du comment…

– C’est pas mal, tout de même, l’efficacité, non ? C’est bien ! Ça veut dire qu’on sait ce qu’on veut.

– Non, non, non, parce qu’il a d’abord colorié un tout petit bout du détroit de Magellan. Comme ça, bien fait. Mais le reste… Un chantier ! Un petit coup de crayon par-ci… Puis brouf ! Je me décourage… Et hop ! J’retourne au détroit de Magellan et je remonte jusqu’à je ne sais où dans l’Arctique.

– bon, bon, bon, bon. C’est vous qui voyait, ce n’est pas à moi de dire. Et, comment il s’appelle déjà ? Avec les cheveux frisés.

– Mmmh. Lui, il a fait tout le tour d’abord. Tout le tour le long des côtes, méticuleusement. Une sorte de cabotage. Pour pas déborder, il coloriait le tour, doucement. Ensuite, il lui restait plus qu’à remplir. Alors, bien sûr, on voit d’abord la prudence. Il protège ses arrières, ses avants, ses côtés, tout ! Mais, c’est vrai, ça m’a bien plu le coup des contours.

– Ah ! Ça vous a bien plu le coup des contours ! Bien, très bien ça !

– Il avait commencé par l’Afrique. Et, je sais pas… Voir la côte de la Guinée-Bissau, donc je ne savais même pas à l’époque qu’elle s’appelait Guinée-Bissau, d’ailleurs. Oui, ça m’a plu.

– Oh oui, ah c’est bien. J’étais sûr…

– Ah, non, non, non, non, non. J’ai pas dis que c’était oui. Non, oui, enfin, ça m’a plus le coup des côtes. Mais non, non, pas du tout.

– Bon ! J’imagine qu’on élimine celui avec les lunettes ?

– Oh, on élimine. On élimine direct ! Il m’a dit : « J’suis graphiste. J’te scannes la carte. J’te fais un coup de photoshop. Remplissage bleu et c’est bon ! » Pfou, non mais alors vraiment !

– Ouf, ouf, ouf, ouf, ouf, ouf, ouf… Je ne sais plus quoi vous dire moi, mademoiselle.

– Non mais attendez. Ensuite, il m’a dit : « J’vais t’le choisir ton bleu ! » et il m’a montré sur son portable tous les dégradés possible. Et on peu pas croire que le monde existe seulement dans ces couleurs là ! Brillantes et ternes à la fois… Toutes lisses sur l’écran et bêtes. Alors que le bleu ! Quand on connaît le bleu de Prusse et le bleu outremer et le bleu de cobalt et le bleu roi, …

– Oh, oh, oh, oh ! On va pas se mettre à parler noms des couleurs et des bleus et des jaunes et des rouges ! Hein, mademoiselle ! Il y a douze personnes qui attendent dehors alors vous comprendrez que je n’ai pas que ça à faire. Parler du bleu des Russes et je ne sais quoi ! J’ai du travail ! Alors, maintenant vous me dites s’il en reste un ou non qui vous a plu et puis on écourte parce qu’on va pas y passer la journée !

– Oui, y’a celui qui a pas fini. Avec son stylo, il faisait des petits points, des petites hachures. Bien sûr ça allait pas bien vite, ça allait bien lentement même… Et c’est ça qui me plaisait, ça allait bien lentement. Des petites vagues, là-bas, tout là-bas, le long du golfe qui s’étend de l’Inde à l’Indonésie. Des noms de pays où se baigner : Irian Jaya, des voyelles liquides. Puis, un crayon… un peu de poudre de crayon, avec le doigt il a étalé. On aurait dit une mer calme, une légère houle. Bien sûr c’était long, mais les peintres des mappemondes, ils ont bien dû la colorier la mer ? Ils ont imaginé toutes ses vagues : les pointues, les rondes, les moins rondes, les régulières, les déferlantes. Ils ont eu cette patience. Ils ont eu ces heures de silence. Ils ont su y faire avec les attentes.

Tenues inspirées par les tissus des transports publics allemands

Source: http://www.thisiscolossal.com/2016/08/outfits-sourced-from-german-transportation-fabric/ de 

MenjaStevenson_01.jpg“Bustour S (Stuttgart public bus)” (2006), all images © Menja Stevenson

Comme le plus grand nombre qui lit cet article, l’artiste allemande Menja Stevenson a eu sa part de tours dans des bus de ville et des trains, dont chacun l’a forcée (et vous) à être assis sur des places assises conçues d’uniformes aux couleurs criardes. Le tissu, comme examiné selon cet article de la BBC, est non seulement fait pour survivre aux tâches, mais aussi aux tendances, ces motifs péniblement ternes peuvent durer une décennie ou plus.

Intéressé par cette matière accidentellement durable, Stevenson a commencé à rechercher et créer des tenues à partir de ces tissus en 2006 pour son projet Bustour. Le projet l’a forcée à persuader des entreprises de transport allemandes de personnellement lui expédier le tissu, comme ils ne sont pas disponibles dans le commerce. Après finalement avoir obtenu les matériaux, elle a conçu des vêtements qui se sont esthétiquement camouflés dans chaque bus ou intérieur de train qui correspond au tissu, capturant la réaction des compagnons de voyage.

« En les portant, vous suez énormément, ils donnent l’impression de porter une armure de chevalier et c’est dur d’être naturel, » a dit Stevenson. « Je ne pouvais pas croire que beaucoup de personnes n’ont pas réalisé le rapport en me voyant avec les sièges, ensemble. Ont-ils pensé  que cela était une pure coïncidence ? Au moins, quelques personnes curieuses m’ont parlé et quelques-uns ont ri, mais la plupart des passagers me regarderaient timidement et détourneraient rapidement les yeux. »

Vous pouvez voir la documentation archivée de ces réactions (ou leur manque) sur le site Web de Stevenson.

MenjaStevenson_02.jpg“Bustour S (Stuttgart Metro)” (2008)
MenjaStevenson_03.jpg“Bustour RW (Rottweil public bus)” (2010)
MenjaStevenson_04.jpg“Bustour B (Bielefeld public bus)” (2015)
MenjaStevenson_05.jpg“Bustour M (Münster public bus)” (2015)
MenjaStevenson_06.jpg“Public Pattern / Bustouren” (2006)

Flocon de neige agrandi 50 000 fois

 

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On dirait n’importe quelle pièce microscopique fabriquée par l’homme, ou l’échec d’une imprimante 3D, mais en réalité c’est l’œuvre de la nature. Sous certaines conditions, comme le givre, la neige se congèle formant de minuscules particules de gelée blanche. Si elles sont suffisamment minces, ces particules adhèrent aux structures géométriques d’un flocon de neige rompant sa formation habituelle. [Photo: Brian0918 sous licence Creative Commons]

Source: http://es.gizmodo.com/este-es-el-aspecto-de-un-copo-de-nieve-aumentado-50-000-1598210029

Un livre coloré

J’ai trouvé ce livre néerlandais sur une base de donnée française aujourd’hui et il s’avère être tout à fait spécial. D’une part, aucun chercheur néerlandais semble avoir publié à son sujet, ou même connaître son existence. En outre, l’objet est spécial parce qu’il fournit un aperçu inhabituel de l’atelier des peintres et illustrateurs du 17ème siècle. En plus de 700 pages de néerlandais manuscrit, l’auteur, qui s’identifie comme A. Boogert, décrit comment faire des aquarelles. Il explique comment mélanger les couleurs et comment changer leurs tons en ajoutant « une, deux ou trois doses d’eau ». Pour illustrer son propos, il remplit chaque page côté face avec les différentes nuances de la couleur en question. Pour couronner le tout, il a fait un index de toutes les couleurs qu’il a décrit, qui est un régal à regarder. Au 17ème siècle, une période connue comme l’âge d’or de la peinture flamande, ce manuel aurait frappé au bon endroit. Il est logique, alors, que l’auteur explique dans l’introduction qu’il a écrit ce livre à des fins pédagogiques. Remarquable, parce que le manuel est écrit à la main et donc littéralement unique en son genre, il n’a pas obtenu la portée parmi les peintres – ou l’attention des historiens de l’art moderne – qu’il mérite.

Pic: Aix-en-Provence, Bibliothèque municipale/Bibliothèque Méjanes, MS 1389 (1228). Par chance,  le livre entier peut être vu ici, en haute résolution avec des images zoomables. Ici une description du livre.

La divulgation complète (le 6 mai 2014): Bien que ce livre coloré est d’abord présenté à un public plus large dans cet article et il n’y a aucunes publications néerlandaises qui lui sont consacrées, j’ai depuis découvert qu’il est connu par au moins un autre chercheur néerlandais. Il est actuellement étudié et sera inclus dans une étude de doctorat qui sera achevée en 2015 à l’Université d’Amsterdam. Alors qu’il est remarquable que les blogs comme The Colossal (here) et Gizmodo (here) ont récupéré l’information, il est important de savoir que je n’étais pas celui qui a «découvert» le manuscrit. J’ai simplement mis un podium plus haut qu’il mérite, via ce blog.

Source: http://erikkwakkel.tumblr.com/post/84254152801/a-colourful-book-i-encountered-this-dutch-book

Les battements du temps. Le langage des oiseaux.

Source  « Sur les épaules de Darwin » de Jean Claude Ameisen: http://www.franceinter.fr/emission-sur-les-epaules-de-darwin-les-battements-du-temps-27-le-langage-des-oiseaux-2-0

Cette émission est la rediffusion de l’émission du 31 mars 2012
Elle figure dans le dernier chapitre du livre « Sur les épaules de Darwin. Les battements du temps ». France Inter/LLL 2012, pages 315-416.

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Chaque microcosme contient et reflète le cosmos entier. Une idée qui fascine les artistes de la renaissance italienne.

Les peintres de la renaissance découvriront un moyen de faire entrer le monde et l’harmonie de ces proportions dans un microcosme qui le contient et le reflète. À la magie des couleurs, des ombres et des lumières, ils ajouteront une géométrie plus abstraite : les lois de la perceptive. Sur la petite surface plate d’un tableau, le monde surgira en relief. En 1435, Léon Battista Alberti publie De Pictura, de la Peinture, où il expose les bases scientifiques de la perceptive. « Il faut, dit Alberti, il faut que l’artiste imite la nature et exprime sa beauté. Et pour ce faire, il doit utiliser les lois des mathématiques et de l’optique ». Mais l’histoire de la perceptive en peinture avait une origine plus ancienne. Les premières études sur les bases des illusions d’optiques et de la perceptive avait été présenté 400 ans avant le traité d’Alberti, au XIème siècle par Alhazen, dans son traité d’optique Kitab al-Manazir, qui avait été traduit en italien au XIVème siècle. Mais c’est l’ingénieur et architecte Filippo Brunelleschi, le bâtisseur du dôme de la Cathédrale Santa Maria Del Fiore de Florence, qui vers 1425, peindra les premiers tableaux en utilisant les lois géométriques de la perceptive. En se servant d’un miroir, il copie le reflet en deux dimensions du baptistaire de la cathédrale. Un tableau dans lequel toutes les lignes de fuite convergent vers un même point à l’horizon. Et c’est 10 ans plus tard qu’Alberti réalisera une formalisation mathématique de ces lois de la perceptive et expliquera notamment, comment la diminution progressive de la taille des objets donne l’illusion de leur éloignement progressif.

Et à partir de ce moment, il deviendra possible de tout peindre en donnant l’illusion de la profondeur

du relief, y compris ce qui ne peut se refléter dans un miroir. Y compris des mondes imaginaires.

D’abord, imiter puis s’échapper de la copie. Inventer, créer à partir de lois abstraites. Mieux voir, pour mieux donner à voir, à l’aide de l’illusion. Mais remontons le temps. Il y a longtemps, il y a très longtemps, avant Leon Battista Alberti, avant Filippo Brunelleschi, avant Alhazen, très loin des rives de la méditerranée, en Australie, d’étranges variations sur les lois de la perspective étaient réalisées dans d’autres œuvres architecturales, qui visaient à séduire. Longtemps avant que nos ancêtres ne commencent à peindre leurs fresques, sur les parois de pierre de Lascaux, Ardennes et Chauvet, des œuvres, réalisées par des oiseaux, des œuvres d’arts dont l’origine plonge probablement dans la nuit des temps.

Le pouvoir de séduction des oiseaux ne dépend pas uniquement de la splendeur de leurs chants, de leurs danses et de leurs couleurs. Il dépend parfois aussi de leurs réalisations architecturales. De ces tonnelles et de ces jardins de pierres. De ces scènes de théâtre en trompe l’œil que bâtissent les oiseaux jardiniers d’Australie, pour y chanter, y parader et y séduire les dam-oiselles qui viennent visiter leur territoire. Cette sensation de beauté, qui émerge de l’harmonie des formes et des couleurs et parfois aussi d’un étrange et subtile jeu d’illusion d’optique, d’un jeu de perspective. Les oiseaux jardiniers appartiennent à la famille des corvidés: la famille des corbeaux, des geais, des pies voleuses. Une famille d’oiseau dont des recherches récentes ont commencé à révéler la richesse de leur capacité mentale, cognitives. Les oiseaux jardiniers sont des architectes, des paysagistes, des acteurs et des chanteurs. Ils sont comme des acteurs qui construiraient eux-mêmes la scène de théâtre où ils joueront leur pièce. Comme des musiciens qui bâtiraient eux-mêmes leur salle de concert. Durant la plus grande partie de l’année, ils se consacrent à la construction de leur jardin qui, à la saison des amours, leur permettra de tenter de séduire une compagne. Ils commencent par bâtir une allée, bordée de petites branches qui se rejoignent en formant une voûte. C’est l’équivalent d’une tonnelle.

L’allée ouvre sur un espace qui, suivant l’espèce à laquelle appartient l’oiseau jardinier, peut être parsemé de coquillage, de cailloux, de petits os, de feuilles et de fleurs et de baies de fruits, de différentes formes et couleurs. Et aussi dans les régions où résident les populations humaines, de différents objets en couleurs fabriqués par l’homme, des capsules de bouteille, de petits morceaux de plastique, des pailles, des stylos billes. À la saison des amours, la dam-oiselle s’engagera dans l’allée, sous la tonnelle, s’arrêtera sur le seuil et examinera le jardin et l’acteur, le troubadour, le baladin qui parade dans le jardin qu’il a soigneusement agencé.

Chez les oiseaux jardiniers satinés, Ptilonorhynchus violaceus, le jardin est décoré de nombreux objets de couleur bleus. Les jardiniers satinés n’aiment pas les objets rouges. Si les chercheurs en déposent dans leur jardin, les jardiniers les retirent aussitôt et les transportent à l’extérieur. Leur jardin est parsemé de bleu, la couleur de leurs yeux. Les oiseaux ont les yeux bleus pâles, les oiselles ont des yeux plus foncés, bleu lilas et le plumage des messieurs et d’un noir dans lequel la diffraction de la lumière fait surgir une teinte bleue métallique. Et ainsi, la couleur qu’ils donnent à leur jardin est un reflet de leur propre couleur. Les chercheurs se sont demandés qu’elle serait l’effet d’une accentuation artificielle de la couleur bleue de ces jardins sur le pouvoir de séduction exercé par les jardiniers. Ils ont enrichi au hasard certains des jardins en objets de couleur bleue. Les résultats de leur étude ont été publiés en 2004 dans la revue Nature. Chez les jardiniers satinés, les dam-oiselles ne se laissent pas séduire aisément, leur choix est minutieux. Elles visitent de nombreux jardins. Elles évoluent à nombreuses reprises différentes facettes des talents de leurs prétendants, leurs scènes de théâtre, leurs parades, leurs chants, pour finir qu’à ne s’unir qu’avec un seul. La première étape est une visite au jardin lorsque l’artiste est absent. La dame s’avance dans la tonnelle et examine attentivement le jardin. La deuxième étape est un retour aux différents jardins qu’elle a le plus apprécié, mais cette fois en présence de l’artiste. Et l’étude indique que parmi les jardins où elle revient la seconde fois, figurent en plus grande proportion des jardins dont les chercheurs ont artificiellement accentué la couleur bleue. Lors de cette deuxième visite, l’artiste parade, il fait des bonds, chante, pousse des cris. C’est une chorégraphie assez violente, qui ressemble à l’attitude qu’il adopte dans des conflits et qui impressionne son adversaire. Si la dame n’a pas été séduite par cette deuxième visite, elle repart visiter d’autres jardins dans lesquels sont présents d’autres jardiniers. En revanche, si elle a été séduite, elle se retire et construit pendant une semaine son nid dans un endroit discret et peu visible. Puis elle revient pour une troisième visite, dans chacun des jardins des prétendants qui lui avaient plu avant qu’elle parte construire son nid. Elle contemple une dernière fois chacun des jardins et les exploits de chacun des artistes qu’elle va enfin départager. Elle les compare une dernière fois puis choisi et vient s’unir dans son jardin à celui qui a fait chavirer son cœur.

Puis elle repart seule, pondre et couver ses œufs dans le nid qu’elle a construit et c’est seule qu’elle nourrira et protègera ses oisillons.

Le séducteur, lui, se consacre entièrement pendant la plus grande partie de l’année, à la construction obsessionnelle et minutieuse de son jardin, l’entretenant, assemblant les objets, les volant dans le jardin de ses voisins et protégeant son merveilleux jardin contre les voleurs.

Mais il y a plus dans cette publication que la chronique minutieuse des étranges étapes de cette cour

qui conduisent aux amours chez les jardiniers satinés. Le but de l’étude était d’explorer si chacun de ses éléments de séductions – la tonnelle, la couleur bleue de la scène de théâtre puis dans le même décor la parade, les bonds, les couleurs du plumage, le chant et les cris – additionnés progressivement, s’amplifiant les uns les autres et se fondant finalement lors de la dernière visite dans un tout, un tourbillon de son, de forme, de mouvement et de couleur comme une forme de synesthésie. Et l’artiste le plus irrésistible pour toutes les dam-oiselles serait celui qui réussirait à jouer au mieux de chacun de ces instruments. Puis, devenu comme un homme orchestre, réussirait à en faire émerger la plus belle symphonie, enivrant tous les sens. Mais l’alternative à cette possibilité était que chacun de ces instruments de séduction pourrait exercer un effet différent sur différentes oiselles et que jouer séparément puis ensemble de ces différents instruments aurait comme effet de séduire différentes oiselles, qui ne partagent pas les mêmes goûts. Les chercheurs ont artificiellement renforcé la couleur bleue de certains jardins et ces jardins ont été considérés comme

plus séduisant par une majorité des oiselles dès leur première visite. Ce sont à ces jardins qu’elles sont le plus souvent revenues la deuxième fois, lorsque l’artiste est présent. Elles ont alors découvert la parade guerrière, les bonds, le chant, les cris. Et là, les oiselles n’apprécient pas de la même façon, elles n’ont pas les mêmes goûts. Leurs goûts diffèrent en fonction de leur âge.

Les dam-oiselles les plus jeunes, celles qui ont un an ou deux ans, reviendront dans les jardins les plus bleus, indépendamment de la qualité de la parade. Ce qui les séduira jusqu’à la fin, c’est l’intensité de la couleur bleue du jardin, mais pas la qualité de la parade. La parade d’une manière générale semble plutôt les effrayer. Les dam-oiselles les moins jeunes, les plus expérimentées, celles qui ont trois ans et plus seront séduites par les messieurs oiseaux dont la parade est la plus spectaculaire. Que leur jardin soit artificiellement bleu ou pas, c’est à l’un des messieurs dont la parade a été la plus extraordinaire qu’elles finiront par s’unir. Pour les plus jeunes, c’est la couleur bleue qui les fait chavirer. Pour les moins jeunes, c’est la danse, les sauts et les cris. L’artiste jardinier satiné déploie durant sa cour différentes facettes de ses talents, différentes oiselles seront sensibles à certaines de ses facettes, mais pas à d’autres parce que leurs goûts varient durant leur existence.

Mais revenons à la perceptive, au trompe l’oeil, aux illusions d’optiques. Parmi les oiseaux jardiniers, ce sont les jardiniers à nuque rose, Ptilonorhynchus nuchalis, qui bâtissent les jardins les plus sophistiqués. Les messieurs oiseaux ont un plumage gris clair avec une collerette rose sur la nuque. Ils n’ont pas les yeux bleus et n’ont pas, contrairement aux jardiniers satinés, d’attirance particulières pour les objets bleus. Leur jardin consiste en une grande tonnelle, formées de deux haies parallèles de bâtons, formant une allée couverte de plus d’un demi-mètre de long et de près d’un demi-mètre de haut. L’allée est orientée sud-nord et à l’extrémité nord, le jardinier construit une cour, pavée de coquillages, de cailloux, d’ossement et d’objets fabriqués par l’homme, le tout de couleur grise, la couleur de son plumage. Ce pavage gris uniforme a été nommé le gesso, en référence à cet enduit de gypse ou plâtre, dont les peintre sur bois, comme ceux du quattrocento italien, enduisant leur tableau de bois avant de peindre. Et sur ce gesso, sur ce fond gris uniforme, l’artiste dépose des objets de couleurs orange ou rouge ou vert, des feuilles, des branches, des baies de fruits, des capsules de bouteilles. L’oiselle s’engage dans la tonnelle par l’entrée sud et s’installe à l’extrémité nord. Elle contemple le tableau sur lequel l’artiste danse et fait sa cour. Il prend des pauses, parade, sautille, chante et prend dans ses pattes des objets de couleurs, les brandit, saute et jette les objets de couleurs à un autre endroit. Le gesso gris reste inchangé, mais les couleurs du tableau se mette à vivre, à se déplacer. La dam-oiselle observe, va visiter d’autres jardins puis choisi enfin l’artiste qui l’a séduite. John Endler est professeur d’écologie sensorielle, de zoologie et d’évolution en Australie. Il explore depuis des années une notion que Darwin considérait comme essentiel, ce qu’il appelait la sensation esthétique, la sensation de beauté. Comment varient et évoluent ces réponses sensorielles, ces émotions ? Quels rôles jouent-elles dans les séductions ? Il y a deux ans, John Endler et ses collaborateurs publient dans la revue Current Biology, une découverte qu’ils ont faite en découvrant les réalisations des jardiniers à nuque rose. Ils ont observé les jardins en ce mettant à la place des dam-oiselles et regardant en ce plaçant à l’extrémité nord de la tonnelle, à hauteur de regard de l’oiselle. Ils ont découvert une caractéristique étrange, jusque là inconnu de ces jardins, de ces gessos gris, parsemés de quelques tâches de couleur. Ils ont découvert que les objets qui composent les gessos sont disposés d’une manière particulière. Les plus petits sont les plus proches de l’endroit où se tient l’oiselle et plus on s’éloigne de l’extrémité nord de la tonnelle et plus la taille des objets augmente. Cette disposition créée une illusion d’optique qu’on appelle un effet de perspective forcée. Il y a au moins deux types de perspective forcée: l’une, qui est souvent utilisée en architecture ou dans les salles de spectacle, consiste à réduire la taille d’objets apparemment identiques, à mesure qu’ils sont plus éloignés de l’endroit où se trouve le spectateur. Cette disposition, qui accentue l’effet naturel de la perspective, donne l’illusion que l’espace est plus vaste, que l’arrière plan s’étend plus loin. L’autre type de perspective forcée que construisent les jardiniers à nuque rose, donne l’illusion inverse : elle contrecarre l’effet naturel de la perspective, donnant l’illusion que tous les objets sont de même taille et donc très proches, donnant l’illusion que la scène est plus régulière et plus petite, que l’arrière-plan est plus proche qu’il n’est. Et l’artiste qui parade sur son gesso, semble probablement plus grand et plus proche qu’il n’est réellement. Les chercheurs ont étudié l’importance que le jardinier attachait à cette perspective forcée. Ils ont remplacé les grands objets par les plus petits et les plus petits par les plus grands. Les jardiniers se mettent immédiatement au travail. En trois jours, ils ont restauré la composante de croissance régulière des objets à mesure que l’on s’éloigne de la tonnelle et en deux semaines, l’illusion d’optique originelle, la perspective forcée originelle est rétablie. Et cette étude indiquée donc que les jardiniers attachent une très grande importance à cette composante du jardin où ils vont faire leur cour. Mais qu’en est-il des dam-oiselles ? Est-ce la perfection de cette illusion d’optique qui les fait chavirer ? John Endler et Laura Kelley ont publié la réponse dans la revue Science. Ils ont découvert que plus la qualité de la perspective forcée des gessos, considérée à partir de l’endroit où se place l’oiselle, plus l’effet de la perspective forcée est grand et plus était grande la probabilité que des oiselles viennent s’unirent aux jardiniers. Nous ne savons pas ce que ressentent les damoiselles, mais ces études révèlent qu’elles sont séduites, depuis probablement des temps très lointain, par des réalisations de leurs artistes qui s’apparentent aux règles d’harmonie esthétique qui vont révolutionner la peinture et l’architecture de la renaissance italienne. Les dam-oiselles ressentent-elles une profonde émotion devant ce que nous appelons la beauté ? C’est ce que pensait Darwin.

Articles scientifiques : 

Kelley LA, Endler JA. Illusions promote mating success in great bowerbirds. Science 2012, 335:335-8.

Anderson BL. Psychology. Bird-brained illusionists. Science 2012, 335:292-3.

Bairlein F, Norris DR, Nagel R, et coll. Cross-hemisphere migration of a 25 g songbird. Biology Letters 2012 Feb 15. [Epub ahead of print]

Beason JP, Gunn C, Potter KM, et coll. The Northern Black Swift: Migration path and wintering area revealed. The Wilson Journal of Ornithology 2012, 124:1-8.

Lee JJ. The Northern Black Swift’s tropical getaway, Science Now. March 14, 2012.

Keagy J, Savard JF, Borgia G. Complex relationship between multiple measures of cognitive ability and male mating success in satin bowerbirds, Ptilonorhynchus violaceus. Animal Behaviour 2011, 81:1063-1070.

Endler JA, Endler LC, Doerr NR. Great bowerbirds create theaters with forced perspective when seen by their audience. Current Biology 2010, 20:1679-84.

Maxmen A. Bowerbirds trick mates with optical illusions. Bowers may make males look bigger than they are. nature.com, Sept 9, 2010.

Coleman SW, Patricelli GL, Borgia G. Variable female preferences drive complex male displays. Nature 2004, 428:742-5.

Ryan MJ. Animal behaviour: fickle females? Nature 2004, 428:708-9.

Autre revue : 

Le génie de la Renaissance. Les Cahiers de Science et Vie, N° 128, Avril 2012.

En ligne :  

The descent of Man and selection in relation to sex. [La Généalogie de l’homme et la sélection liée au sexe].
The expression of the emotions in man and animals. [L’expression des émotions chez l’homme et les animaux].

In : The Complete Work of Charles Darwin Online, http://darwin-online.org.uk/contents.html