« Il faut être bête comme Rousseau »

Le jeu de l’amour et de la nécessité

France Culture – 16:00, Le Gai Savoir, la philosophie avec Raphaël Enthoven

Comment aimer quelqu’un quand rien ne nous en empêche ? Comment vivre son amour quand tout le monde est d’accord ? Comment aller au bout de son cœur quand il n’y a aucun obstacle ? Rien n’est plus difficile que de ne pas se compliquer la vie. Mais parfois, rien n’est plus délicieux que de le faire.

C’est à ce délice que nous vous invitons ce dimanche, en parlant du jeu de l’amour et du hasard, un jeu au terme duquel l’ordre social et son corrélat sentimental sont préservés, mais qui, entre-temps, expose ses protagonistes au risque considérable d’aimer celle ou celui qui n’est pas à la même place que soi. Marivaux décrit-il, dans cette pièce, le triomphe de l’amour, ou la victoire de l’ordre ? C’est à vous d’en juger…

Il faut être bête comme Rousseau pour considérer que la condition de la vérité c’est la suppression du déguisement. C’est-à-dire pour opposer de façon si sommaire, si absolutiste, la vérité et l’imposture. Au point de croire que quand on met un déguisement c’est qu’on ment, quand on joue un rôle c’est qu’on ment. C’est-à-dire il faut n’avoir aucune conscience du fait qu’il arrive parfois qu’on se prenne pour le personnage qu’on joue et que par conséquent on devient le personnage qu’on a commencé par contrefaire. Il faut n’avoir aucune sensibilité pour ne pas entrevoir le fait que la meilleure façon pour la réalité que de se révéler c’est de commencer par se dissimuler, c’est de commencer par s’abriter. La meilleure façon pour les maîtres de se reconnaître comme tel, c’est de commencer par s’habiller en domestique. Ça pourrait être une métaphore d’un rapport à l’ontologie même du monde. La meilleure façon de découvrir le monde, la meilleure façon de regarder le soleil c’est de mettre des lunettes de soleil. Sinon ça vous brûle les yeux. La meilleure façon d’éveiller le désir de quelqu’un ce n’est pas de se déshabiller complètement.

En Suisse, des types déguisés en buissons jettent les femmes dans des puits

Quelle que soit la façon dont vous occupez vos week-ends, il est très peu probable que vous vous déguisiez en buisson, que vous vous approchiez discrètement des femmes dans la rue et que vous les jetiez dans un puits.

À moins que vous n’habitiez Ettingen, un village suisse où de nombreuses femmes ont été victimes de cette mauvaise blague. C’est apparemment une coutume liée aux problèmes de fertilité. Elle est si étrange que la plupart des Suisses n’en ont jamais entendu parler : les hommes se couvrent de branches de hêtre, font semblant d’être des esprits de la forêt et chassent les femmes au hasard dans la rue. Ils les soulèvent et les plongent dans des fontaines et des puits à proximité.

Ce rituel, qu’on appelle « Pfingstblüttlern » (ne me demandez pas de le traduire, ça ne veut rien dire de toute façon) est apparu au 19ème siècle. « Nous ne savons pas exactement quand ça a commencé », a déclaré Constantin Stöcklin, membre de l’association de l’histoire culturelle d’Ettingen. Après un retour rapide dans les mœurs durant les années 1930, l’association a finalement relancé la coutume en 1976. Ce rituel est censé aider les femmes à tomber enceintes – même si je n’ai toujours pas compris pourquoi.

Par: Michel Schultheiss

Source: http://www.vice.com/fr/read/photos-rituel-suisse-pfingstbluttlern/161545

En psychologie archétypale…

En psychologie archétypale, le vêtement peut personnifier la présence extérieure. La persona est un masque que la personne présente au monde. Il cache beaucoup de choses. Avec des rembourrages et des déguisements psychiques adéquats, les hommes comme les femmes peuvent présenter une persona quasi parfaite, une façade quasi parfaite.

Lorsque la clef qui pleure des larmes de sang – la question – tache notre persona, nous ne pouvons cacher plus longtemps nos peines. Nous pouvons dire ce que nous voulons, présenter une façade des plus souriantes, une fois que nous avons reçu le choc de la découverte de la chambre du crime, nous ne pouvons prétendre plus longtemps qu’elle n’existe pas. Et de voir la vérité nous fait perdre encore des flots d’énergie. Cela fait mal. Il s’agit d’une artère sectionnée. Nous devons immédiatement remédier à cet état épouvantable.

Extrait du livre de Clarissa Pinkola Estès, Femmes qui courent avec les loups, histoires et mythes de l’archétype de la femme sauvage. p 86 édition Le Livre de Poche