Les Baraques Polichinelles

Autour de la figure du bossu légendaire Polichinelle, Francis Debeyre, constructeur de masques et marionnettes, a réuni une centaine d’oeuvres dans l’exposition Les Baraques Polichinelles à la BANK (lieu dédié aux arts de la marionnette à Redon) du 28 octobre au 24 décembre 2017.

 

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Les Origines

D’où vient Pulcinella? Certains le rapprochent de MACCUS, personnage des comédies romaines dont on a trouvé des statuettes dans les fouilles de Pompéi¨. D’autres racontent qu’in serait inspiré d’un comique paysan du village d’Accera, proche de Naples. Rien n’est prouvé…

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Pulcinella roi de Carnaval

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Pulcinella est de tous les carnavals: c’est la figure-clef des carnavals ruraux du sud de l’Italie avec ses tarentelles et sa « chanson de Zéza », peut-être une des origines du personnage.

Jusqu’au 19ème siècle, il est roi de la fête des grands carnavals de Rome et de Venise, de Paris et de Nuremberg.

Il reste aujourd’hui encore la mascotte de nombreux carnavals d’Europe, ainsi en France à Cassel, à Bâle en suisse, ou en Belgique à Fosses-le-Ville où défilent les « Chinels ».

 

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Violence

PULCINELLA peut-être aussi violent par les coups. La bastonnade explose comme dernier argument quand la discussion tourne mal pour lui. Mais il s’enfuit vite quand l’adversaire se rebiffe car Pulcinella est un lâche.

2017-Polichinelle-expo-Redon-Bank (29)pDialogue pour marionnettes

La mort : Pulcinella, Pulcinella, où vas-tu coucher cette nuit ?

Pulcinella : Je coucherai dans mon lit !

La mort : Je viendrai te rejoindre dans ton lit … et je t’étoufferai.

Pulcinella : Alors je me coucherai sous le lit !

La mort : Je te suivrai sous le lit et je t’étoufferai.

Pulcinella: Et moi, j’attraperai le pot de chambre plein de pisse et je te le foutrai sur la gueule !!!

Le Masque de Naples

Naples au sud de l’Italie grouillante de tous les trafics fut l’une des plus grandes capitales d’Europe, juxtaposant palais, église et taudis.

Pour tous, rois, bourgeois, prêtres et surtout pour le menu peuple misérable, PULCINELLA incarne la « napolitude » avec ses qualités et ses défauts, la débrouille et la roublardise, l’arranglarsi, …

Et Naples rit d’elle-même en regardant PULCINELLA tour à tour malhonnête et misérable, amoureux et colérique, ridicule et grandiose.

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Du poulet au coq

L’apparence de Polichinelle fut d’abord, au début du 17ème siècle, celle de Pulcinella et des farceurs de foire: nez crochu et larges habits blancs. Mais son extrême vulgarité provoqua son rejet provisoire des scènes.

Vers la fin du siècle, il réapparut sous une nouvelle apparence qui ne varia guère depuis. La double bosse rendait sa silhouette immédiatement reconnaissable. Son nouvel habit était le mélange de la tenue du fou de cour et de l’uniforme du capitan de comédie: jaune, vert, rouge alternés par moitié ou par bandes.

Ce vieux coq poudré, de plus en plus chargé de dentelles, de rubans et de grelots devint alors le déguisement familier des bals, des carnavals et des opéras.

Drôle d’oiseau

Pulcino (en italien): poulet, poussin

Pulcinella (diminutif féminisé): petite poulette

Yeux fixes, nez en bec, voix caquetante, bêtise légendaire, démarche sautillante, tout, dans Pulcinella, rappelle le poulet teigneux et maigrichon des ruelles de la pauvreté.

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BOSSU

PULCINELLA est bossu. Il porte ce qu’à Naples on nomme « la double panse ». C’est aussi le signe de son origine campagnarde: Naples était entouré de marécages et certaines maladies des marais provoquent des difformités. On dit aussi que la bosse porte bonheur: à Naples, ville superstitieuse, le petit bossu avec sa corne rouge et son fer à cheval est une triple protection contre le mauvais œil. On dit « rire comme un bossu » ou « se payer une bosse de rire ». Le bossu est, dans l’art, un « monstre positif » comme les nains. A l’Age Baroque, il amuse les cours des princes. Au temps du Romantisme, il est un héros bon et malchanceux, ainsi Triboulet ou Quasimodo de Victor Hugo.

2017-Polichinelle-expo-Redon-Bank (4)pLa mauvaise réputation

Polichinelle est arrivé dans les bagages des reines et ministres italiens du 17ème siècle.

Joué dans les rues et les foires, il a alors très mauvais genre: sa brutalité et son obsénité ne sont pas du goût du public de cour.

S’attaquant à toute forme d’ordre établi, il devient pendant les périodes révolutionnaires, le porte-parole des plus enragés. Ainsi le voit-on, dans son castelet dressé près de la guillotine, commenter les exécutions de ses ricanements!

Peu à peu l’Ordre fit taire cette voix monstrueuse qui ne respectait ni Police, ni Famille, ni Maître, ni Dieu.

Mais l’image de la canaille resta longtemps dans la mémoire des caricaturistes politiques qui l’utilisait pour brocarder les « coquins et les copains » au pouvoir.

Sage comme une image

Les « images d’Épinal » ont fixé et multiplié la nouvelle allure de Polichinelle : un vieux farceur bourru couvert de dentelles.

Les planches colorées ont popularisé ses aventures et des chansons en les édulcorant pour ne pas effrayer la clientèle enfantine et la morale bourgeoise.

La fin d’une canaille

Polichinelle-la-canaille ne survécut pas au Second Empire et le petit peuple fut dépossédé de son porte-parole.

Les jardins publics étaient devenus payants. Les spectacles devaient être autorisés par la police. Bientôt le rôle de Polichinelle se réduisit à la parade d’ouverture des spectacles d’un Guignol sagement facétieux.

Le public se réduisit aux enfants sages escortés de les parents et de leurs nounous. Finie la vulgarité ! Il devint une friandise, un jouet, une image de garnement bien loin de la canaille d’antan.

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Depuis le 17ème siècle, et encore aujourd’hui, pour les fêtes, les anniversaires et les vacances à la plage, Les Doctors (ainsi se nomment eux-même les montreurs de Punch & Judy) jouent l’éternelle ballade dans leur castelet à rayures.

Petits et grands reprennent en chœur les répliques et les chansons.

That’s the way to do it!

 

God Save Mr Punch

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Mr Punch, l’assassin ricaneur, le trousseur de filles, est un héros national, une incarnation du génie britannique.

Bien sûr, ce coquin est né de Pulcinella que des bateleurs italiens avaient acclimaté aux tréteaux de Londres (son nom est l’abréviation de Punchiniello).

Mais il est aussi une incarnation d’Old Nick, le bouffon paillard et diabolique du Moyen-Age anglais.

WANTED !

La ballade de Mister Punch est l’histoire d’un serial killer, un vrai jeu de massacre. Le pantin bossu et crochu est persifleur, brutal et obsédé. Il assassine successivement son bébé, sa femme, le médecin, un crocodile, un gendrame, le bourreau, le Diable en personne. Et même la mort. Tout cela dans un grand rire grinçant et suraigu.

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Don Cristobal l’Espagnol (comme le Portugais Don Roberto) est un digne membre de la famille: ce notable avaricieux est un ivrogne violent et libidineux. Son chantre le plus célèbre fut le poète Federico Garcia Lorca dans deux pièces « Marionnettes au gourdin » (1937) et « Le petit retable de Don Cristobal » (1938).

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HANSWURT (jean Saucisse) est d’abord l’héritier de HANSNARR, Jean le fou carnavalesque de Moyen-Age allemand.

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HANSWURST a assimilé la tradition de Pulcinella et de Polichinelle au contact des bateleurs étrangers.

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Son (mauvais) caractère est dominé par l’ivrognerie et la gueulardise. Luther traitait les moine de « HANSWURST ! »

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Les aventures et les combats de HANSWURST ressemblent beaucoup à ceux de ses cousins.

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2017-Polichinelle-expo-Redon-Bank (18)p.jpgKARAGÖZ LE TURC

KARAGÖZ est le héros du théâtre d’ombres turc. Ses origines sont-elles indiennes? tziganes? égyptiennes? En tout cas, on le trouve dans tout l’ancien empire turc c’est-à-dire autour de la Méditérranée.

Homme du peuple roublard, bâfeur, paresseux, querelleur, doté d’un gros appétit sexuel, il se bat contre tous les pouvoir. Ainsi, il fut interdit en Algérie parce qu’il ridiculisait les colons français.

 

KARAGHIOSIS LE GREC

En Grès, au moment de la guerre d’indépendance, le bossu changea de nom et devint le symbole de la lutte… contre les Turcs !

Moins vulgaire que son homologue turc, fortement teinté de nationalisme, il reprend le vieux répertoire des légendes traditionnelles grecques.

 

2017-Polichinelle-expo-Redon-Bank (20)p.jpgOn raconte que le sultan Orhan faisait construire une mosquée à Bursa. Sur le chantier, le forgeron KARAGÖZ distrayait les ouvriers de leur travail par les plaisanteries. Comme le chantier n’avançaient guère, le sultan fit pendre KARAGÖZ, mais, prit de remords, il demanda à l’un de ses courtisans de la faire revivre par des contes.

On raconte aussi que KARAGÖZ, tzigane, beau parleur, rusé et menteur était le messager de l’empereur de Byzance. Hadjivat, lui, portait le courrier à La Mecque. Quand leurs chemins se croisaient, les deux compères s’arrêtaient, buvaient et se disputaient pour la plus grande joie des témoins!

VITEZ LASZLO est le héros comique des marionnettes traditionnelles hongroises depuis le 17ème siècle. Aujourd’hui, son dernier montreur, Henrik Kemeny, a plus de 80 ans. Vitez Laszlo est un bidasse naïf et grossier qui se saoule dès qu’il en a l’occasion, court les filles et se bat avec les officiers et les diables. Bref, il est de la famille ! Signe particulier : il massacre ses adversaire à coup de poêle à frire !

Images d’autres curiosités présentes dans l’exposition, photo © Laëtitia Rouxel

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Naissance de la littérature enfantine

Source: http://www.unicaen.fr/recherche/mrsh/archives/irefi/expos0.php?id=4&page=visite&numChap=2&numP=1

Le aventure di Pinocchio de Carlo Collodi

Le Giornale per i bambini et Carlo Collodi

C’est en juillet 1881que naquit à Rome le Giornale per i bambini, dont le rôle allait se révéler important pour l’avenir de la littérature d’enfance et de jeunesse italienne. La voie choisie par le Giornale per i bambini était d’élever la production pour l’enfance à la dignité littéraire. Parmi les écrivains illustres appelés à prêter main forte à la nouvelle entreprise, fut sollicité parmi les premiers Carlo Collodi, journaliste, romancier et dramaturge florentin qui avait aussi composé plusieurs manuels et livres de lecture pour les écoles primaires.

Le Avventure di Pinocchio seront le résultat d’une rédaction discontinue et étalée dans le temps (de décembre 1880 à janvier 1883), fournie par l’auteur en réponse aux sollicitations répétées du Giornale per i bambini. En raison de cette irrégularité, sa publication souffrit de plusieurs périodes d’interruption. Ce sont les modalités de la rédaction du texte, interrompue et reprise à distance de mois, qui offrent des clés de lecture fondamentales pour son interprétation.

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De la Storia di un burattino aux Avventure di Pinocchio

Le roman de Collodi résulte de la juxtaposition, puis de la refonte, de deux histoires qui se sont succédées dans le Giornale per i bambini avec des titres différents : Storia di un burattino (le premier bloc narratif de quinze chapitres, publié du 7 juillet au 27 novembre 1881) et Le avventure di Pinocchio (composé de trois autres blocs, écrits entre février 1882 et janvier 1883).

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Dans le premier bloc, Pinocchio se trouve dans le dénuement le plus complet ; il erre souvent dans les rues, souffre la faim et le froid, est poursuivi par les gendarmes. À ces thèmes négatifs s’en ajoutent d’autres, comme la tromperie et le meurtre dont le pantin est victime de la part du Renard et du Chat. Storia di un burattino est un roman bref, dont le thème structural est une « course vers la mort », dans laquelle le pantin s’engouffre jusqu’à la scène finale de la pendaison (chapitre XV). Par cette punition exemplaire parce que méritée (l’histoire est morale) prenait fin une histoire amusante mais cruelle. Cependant les enfants ne purent supporter qu’un petit héros puisse payer de sa vie une erreur pardonnable, et n’imaginèrent pas que l’histoire puisse s’arrêter avec la mort du protagoniste ; c’est pourquoi les petits lecteurs du Giornale per i bambini protestèrent contre cette fin inacceptable.

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La suite ne se contente pas d’ajouter de nouveaux épisodes aux précédents mais imprime une nouvelle direction à l’histoire. La narration laisse d’abord se multiplier les « aventures » du pantin ; puis, après une deuxième interruption, Collodi donne à l’histoire sa téléologie morale : à partir du chapitre XXV, le récit est guidé par l’idée de la « rédemption » du petit être capricieux, menteur, fainéant et indiscipliné ; il s’agit cette fois d’une fable qui aura une fin heureuse lorsque le protagoniste, promis encore à bien des errements, pourra être transformé en « petit garçon comme il faut ». Avant cela cependant, le récit rebondit vers les aventures les plus extraordinaires : Pinocchio part avec Lumignon pour le Pays des Jouets, est transformé en âne et vendu au directeur d’un cirque, se blesse et est jeté à la mer, où les poissons le restituent à sa forme originelle de pantin en bois ; il est avalé par le terrible Requin mais retrouve Geppetto dans le ventre du monstre et s’enfuit avec lui à la nage. Le dernier chapitre est celui de la conversion, suivie de la métamorphose : Pinocchio se met au travail pour nourrir Geppetto et la Fée et reçoit enfin la récompense promise.

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Les pinocchiate

Les Aventures de Pinocchio devaient également servir de palimpseste à d’innombrables autres textes, et ce à commencer par la production romanesque de l’auteur lui-même. Après Les Aventures de Pinocchio, Collodi publia un nouveau feuilleton, intitulé Pipì o lo scimmiottino color di rosa,construit sur le modèle du deuxième Pinocchio ; il partage avec le pantin les défauts de l’âme enfantine (il est gourmand, paresseux…) mais désire plus que tout pouvoir quitter son identité animale pour se transformer en garçon.

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Après la mort de Collodi, le succès croissant et l’ascension irrésistible de Pinocchio parmi les plus grands best-sellers de la péninsule (avant de devenir l’un des livres les plus vendus et les plus traduits au monde) fut accompagné par de nombreuses imitations. Sur le modèle du paradigme du personnage ou bien du syntagme des aventures, les épigones de Collodi commencèrent à confectionner d’innombrables pinocchiate : des postiches et des pastiches qui donnaient une suite romanesque aux Aventures en inventant des scénarios dont les personnages changeaient mais dont les acteurs et les situations narratives reflétaient celles du texte premier. Aussi Pinocchio fut-il entouré d’une nombreuse famille composée de sa fiancée, ainsi que de ses anciens amis, qui devinrent à leur tour les protagonistes de nouveaux romans, et des nouveaux amis de ses anciens amis.

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