Les Baraques Polichinelles

Autour de la figure du bossu légendaire Polichinelle, Francis Debeyre, constructeur de masques et marionnettes, a réuni une centaine d’oeuvres dans l’exposition Les Baraques Polichinelles à la BANK (lieu dédié aux arts de la marionnette à Redon) du 28 octobre au 24 décembre 2017.

 

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Les Origines

D’où vient Pulcinella? Certains le rapprochent de MACCUS, personnage des comédies romaines dont on a trouvé des statuettes dans les fouilles de Pompéi¨. D’autres racontent qu’in serait inspiré d’un comique paysan du village d’Accera, proche de Naples. Rien n’est prouvé…

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Pulcinella roi de Carnaval

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Pulcinella est de tous les carnavals: c’est la figure-clef des carnavals ruraux du sud de l’Italie avec ses tarentelles et sa « chanson de Zéza », peut-être une des origines du personnage.

Jusqu’au 19ème siècle, il est roi de la fête des grands carnavals de Rome et de Venise, de Paris et de Nuremberg.

Il reste aujourd’hui encore la mascotte de nombreux carnavals d’Europe, ainsi en France à Cassel, à Bâle en suisse, ou en Belgique à Fosses-le-Ville où défilent les « Chinels ».

 

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Violence

PULCINELLA peut-être aussi violent par les coups. La bastonnade explose comme dernier argument quand la discussion tourne mal pour lui. Mais il s’enfuit vite quand l’adversaire se rebiffe car Pulcinella est un lâche.

2017-Polichinelle-expo-Redon-Bank (29)pDialogue pour marionnettes

La mort : Pulcinella, Pulcinella, où vas-tu coucher cette nuit ?

Pulcinella : Je coucherai dans mon lit !

La mort : Je viendrai te rejoindre dans ton lit … et je t’étoufferai.

Pulcinella : Alors je me coucherai sous le lit !

La mort : Je te suivrai sous le lit et je t’étoufferai.

Pulcinella: Et moi, j’attraperai le pot de chambre plein de pisse et je te le foutrai sur la gueule !!!

Le Masque de Naples

Naples au sud de l’Italie grouillante de tous les trafics fut l’une des plus grandes capitales d’Europe, juxtaposant palais, église et taudis.

Pour tous, rois, bourgeois, prêtres et surtout pour le menu peuple misérable, PULCINELLA incarne la « napolitude » avec ses qualités et ses défauts, la débrouille et la roublardise, l’arranglarsi, …

Et Naples rit d’elle-même en regardant PULCINELLA tour à tour malhonnête et misérable, amoureux et colérique, ridicule et grandiose.

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Du poulet au coq

L’apparence de Polichinelle fut d’abord, au début du 17ème siècle, celle de Pulcinella et des farceurs de foire: nez crochu et larges habits blancs. Mais son extrême vulgarité provoqua son rejet provisoire des scènes.

Vers la fin du siècle, il réapparut sous une nouvelle apparence qui ne varia guère depuis. La double bosse rendait sa silhouette immédiatement reconnaissable. Son nouvel habit était le mélange de la tenue du fou de cour et de l’uniforme du capitan de comédie: jaune, vert, rouge alternés par moitié ou par bandes.

Ce vieux coq poudré, de plus en plus chargé de dentelles, de rubans et de grelots devint alors le déguisement familier des bals, des carnavals et des opéras.

Drôle d’oiseau

Pulcino (en italien): poulet, poussin

Pulcinella (diminutif féminisé): petite poulette

Yeux fixes, nez en bec, voix caquetante, bêtise légendaire, démarche sautillante, tout, dans Pulcinella, rappelle le poulet teigneux et maigrichon des ruelles de la pauvreté.

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BOSSU

PULCINELLA est bossu. Il porte ce qu’à Naples on nomme « la double panse ». C’est aussi le signe de son origine campagnarde: Naples était entouré de marécages et certaines maladies des marais provoquent des difformités. On dit aussi que la bosse porte bonheur: à Naples, ville superstitieuse, le petit bossu avec sa corne rouge et son fer à cheval est une triple protection contre le mauvais œil. On dit « rire comme un bossu » ou « se payer une bosse de rire ». Le bossu est, dans l’art, un « monstre positif » comme les nains. A l’Age Baroque, il amuse les cours des princes. Au temps du Romantisme, il est un héros bon et malchanceux, ainsi Triboulet ou Quasimodo de Victor Hugo.

2017-Polichinelle-expo-Redon-Bank (4)pLa mauvaise réputation

Polichinelle est arrivé dans les bagages des reines et ministres italiens du 17ème siècle.

Joué dans les rues et les foires, il a alors très mauvais genre: sa brutalité et son obsénité ne sont pas du goût du public de cour.

S’attaquant à toute forme d’ordre établi, il devient pendant les périodes révolutionnaires, le porte-parole des plus enragés. Ainsi le voit-on, dans son castelet dressé près de la guillotine, commenter les exécutions de ses ricanements!

Peu à peu l’Ordre fit taire cette voix monstrueuse qui ne respectait ni Police, ni Famille, ni Maître, ni Dieu.

Mais l’image de la canaille resta longtemps dans la mémoire des caricaturistes politiques qui l’utilisait pour brocarder les « coquins et les copains » au pouvoir.

Sage comme une image

Les « images d’Épinal » ont fixé et multiplié la nouvelle allure de Polichinelle : un vieux farceur bourru couvert de dentelles.

Les planches colorées ont popularisé ses aventures et des chansons en les édulcorant pour ne pas effrayer la clientèle enfantine et la morale bourgeoise.

La fin d’une canaille

Polichinelle-la-canaille ne survécut pas au Second Empire et le petit peuple fut dépossédé de son porte-parole.

Les jardins publics étaient devenus payants. Les spectacles devaient être autorisés par la police. Bientôt le rôle de Polichinelle se réduisit à la parade d’ouverture des spectacles d’un Guignol sagement facétieux.

Le public se réduisit aux enfants sages escortés de les parents et de leurs nounous. Finie la vulgarité ! Il devint une friandise, un jouet, une image de garnement bien loin de la canaille d’antan.

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Depuis le 17ème siècle, et encore aujourd’hui, pour les fêtes, les anniversaires et les vacances à la plage, Les Doctors (ainsi se nomment eux-même les montreurs de Punch & Judy) jouent l’éternelle ballade dans leur castelet à rayures.

Petits et grands reprennent en chœur les répliques et les chansons.

That’s the way to do it!

 

God Save Mr Punch

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Mr Punch, l’assassin ricaneur, le trousseur de filles, est un héros national, une incarnation du génie britannique.

Bien sûr, ce coquin est né de Pulcinella que des bateleurs italiens avaient acclimaté aux tréteaux de Londres (son nom est l’abréviation de Punchiniello).

Mais il est aussi une incarnation d’Old Nick, le bouffon paillard et diabolique du Moyen-Age anglais.

WANTED !

La ballade de Mister Punch est l’histoire d’un serial killer, un vrai jeu de massacre. Le pantin bossu et crochu est persifleur, brutal et obsédé. Il assassine successivement son bébé, sa femme, le médecin, un crocodile, un gendrame, le bourreau, le Diable en personne. Et même la mort. Tout cela dans un grand rire grinçant et suraigu.

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Don Cristobal l’Espagnol (comme le Portugais Don Roberto) est un digne membre de la famille: ce notable avaricieux est un ivrogne violent et libidineux. Son chantre le plus célèbre fut le poète Federico Garcia Lorca dans deux pièces « Marionnettes au gourdin » (1937) et « Le petit retable de Don Cristobal » (1938).

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HANSWURT (jean Saucisse) est d’abord l’héritier de HANSNARR, Jean le fou carnavalesque de Moyen-Age allemand.

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HANSWURST a assimilé la tradition de Pulcinella et de Polichinelle au contact des bateleurs étrangers.

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Son (mauvais) caractère est dominé par l’ivrognerie et la gueulardise. Luther traitait les moine de « HANSWURST ! »

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Les aventures et les combats de HANSWURST ressemblent beaucoup à ceux de ses cousins.

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2017-Polichinelle-expo-Redon-Bank (18)p.jpgKARAGÖZ LE TURC

KARAGÖZ est le héros du théâtre d’ombres turc. Ses origines sont-elles indiennes? tziganes? égyptiennes? En tout cas, on le trouve dans tout l’ancien empire turc c’est-à-dire autour de la Méditérranée.

Homme du peuple roublard, bâfeur, paresseux, querelleur, doté d’un gros appétit sexuel, il se bat contre tous les pouvoir. Ainsi, il fut interdit en Algérie parce qu’il ridiculisait les colons français.

 

KARAGHIOSIS LE GREC

En Grès, au moment de la guerre d’indépendance, le bossu changea de nom et devint le symbole de la lutte… contre les Turcs !

Moins vulgaire que son homologue turc, fortement teinté de nationalisme, il reprend le vieux répertoire des légendes traditionnelles grecques.

 

2017-Polichinelle-expo-Redon-Bank (20)p.jpgOn raconte que le sultan Orhan faisait construire une mosquée à Bursa. Sur le chantier, le forgeron KARAGÖZ distrayait les ouvriers de leur travail par les plaisanteries. Comme le chantier n’avançaient guère, le sultan fit pendre KARAGÖZ, mais, prit de remords, il demanda à l’un de ses courtisans de la faire revivre par des contes.

On raconte aussi que KARAGÖZ, tzigane, beau parleur, rusé et menteur était le messager de l’empereur de Byzance. Hadjivat, lui, portait le courrier à La Mecque. Quand leurs chemins se croisaient, les deux compères s’arrêtaient, buvaient et se disputaient pour la plus grande joie des témoins!

VITEZ LASZLO est le héros comique des marionnettes traditionnelles hongroises depuis le 17ème siècle. Aujourd’hui, son dernier montreur, Henrik Kemeny, a plus de 80 ans. Vitez Laszlo est un bidasse naïf et grossier qui se saoule dès qu’il en a l’occasion, court les filles et se bat avec les officiers et les diables. Bref, il est de la famille ! Signe particulier : il massacre ses adversaire à coup de poêle à frire !

Images d’autres curiosités présentes dans l’exposition, photo © Laëtitia Rouxel

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Les battements du temps. Le langage des oiseaux.

Source  « Sur les épaules de Darwin » de Jean Claude Ameisen: http://www.franceinter.fr/emission-sur-les-epaules-de-darwin-les-battements-du-temps-27-le-langage-des-oiseaux-2-0

Cette émission est la rediffusion de l’émission du 31 mars 2012
Elle figure dans le dernier chapitre du livre « Sur les épaules de Darwin. Les battements du temps ». France Inter/LLL 2012, pages 315-416.

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Chaque microcosme contient et reflète le cosmos entier. Une idée qui fascine les artistes de la renaissance italienne.

Les peintres de la renaissance découvriront un moyen de faire entrer le monde et l’harmonie de ces proportions dans un microcosme qui le contient et le reflète. À la magie des couleurs, des ombres et des lumières, ils ajouteront une géométrie plus abstraite : les lois de la perceptive. Sur la petite surface plate d’un tableau, le monde surgira en relief. En 1435, Léon Battista Alberti publie De Pictura, de la Peinture, où il expose les bases scientifiques de la perceptive. « Il faut, dit Alberti, il faut que l’artiste imite la nature et exprime sa beauté. Et pour ce faire, il doit utiliser les lois des mathématiques et de l’optique ». Mais l’histoire de la perceptive en peinture avait une origine plus ancienne. Les premières études sur les bases des illusions d’optiques et de la perceptive avait été présenté 400 ans avant le traité d’Alberti, au XIème siècle par Alhazen, dans son traité d’optique Kitab al-Manazir, qui avait été traduit en italien au XIVème siècle. Mais c’est l’ingénieur et architecte Filippo Brunelleschi, le bâtisseur du dôme de la Cathédrale Santa Maria Del Fiore de Florence, qui vers 1425, peindra les premiers tableaux en utilisant les lois géométriques de la perceptive. En se servant d’un miroir, il copie le reflet en deux dimensions du baptistaire de la cathédrale. Un tableau dans lequel toutes les lignes de fuite convergent vers un même point à l’horizon. Et c’est 10 ans plus tard qu’Alberti réalisera une formalisation mathématique de ces lois de la perceptive et expliquera notamment, comment la diminution progressive de la taille des objets donne l’illusion de leur éloignement progressif.

Et à partir de ce moment, il deviendra possible de tout peindre en donnant l’illusion de la profondeur

du relief, y compris ce qui ne peut se refléter dans un miroir. Y compris des mondes imaginaires.

D’abord, imiter puis s’échapper de la copie. Inventer, créer à partir de lois abstraites. Mieux voir, pour mieux donner à voir, à l’aide de l’illusion. Mais remontons le temps. Il y a longtemps, il y a très longtemps, avant Leon Battista Alberti, avant Filippo Brunelleschi, avant Alhazen, très loin des rives de la méditerranée, en Australie, d’étranges variations sur les lois de la perspective étaient réalisées dans d’autres œuvres architecturales, qui visaient à séduire. Longtemps avant que nos ancêtres ne commencent à peindre leurs fresques, sur les parois de pierre de Lascaux, Ardennes et Chauvet, des œuvres, réalisées par des oiseaux, des œuvres d’arts dont l’origine plonge probablement dans la nuit des temps.

Le pouvoir de séduction des oiseaux ne dépend pas uniquement de la splendeur de leurs chants, de leurs danses et de leurs couleurs. Il dépend parfois aussi de leurs réalisations architecturales. De ces tonnelles et de ces jardins de pierres. De ces scènes de théâtre en trompe l’œil que bâtissent les oiseaux jardiniers d’Australie, pour y chanter, y parader et y séduire les dam-oiselles qui viennent visiter leur territoire. Cette sensation de beauté, qui émerge de l’harmonie des formes et des couleurs et parfois aussi d’un étrange et subtile jeu d’illusion d’optique, d’un jeu de perspective. Les oiseaux jardiniers appartiennent à la famille des corvidés: la famille des corbeaux, des geais, des pies voleuses. Une famille d’oiseau dont des recherches récentes ont commencé à révéler la richesse de leur capacité mentale, cognitives. Les oiseaux jardiniers sont des architectes, des paysagistes, des acteurs et des chanteurs. Ils sont comme des acteurs qui construiraient eux-mêmes la scène de théâtre où ils joueront leur pièce. Comme des musiciens qui bâtiraient eux-mêmes leur salle de concert. Durant la plus grande partie de l’année, ils se consacrent à la construction de leur jardin qui, à la saison des amours, leur permettra de tenter de séduire une compagne. Ils commencent par bâtir une allée, bordée de petites branches qui se rejoignent en formant une voûte. C’est l’équivalent d’une tonnelle.

L’allée ouvre sur un espace qui, suivant l’espèce à laquelle appartient l’oiseau jardinier, peut être parsemé de coquillage, de cailloux, de petits os, de feuilles et de fleurs et de baies de fruits, de différentes formes et couleurs. Et aussi dans les régions où résident les populations humaines, de différents objets en couleurs fabriqués par l’homme, des capsules de bouteille, de petits morceaux de plastique, des pailles, des stylos billes. À la saison des amours, la dam-oiselle s’engagera dans l’allée, sous la tonnelle, s’arrêtera sur le seuil et examinera le jardin et l’acteur, le troubadour, le baladin qui parade dans le jardin qu’il a soigneusement agencé.

Chez les oiseaux jardiniers satinés, Ptilonorhynchus violaceus, le jardin est décoré de nombreux objets de couleur bleus. Les jardiniers satinés n’aiment pas les objets rouges. Si les chercheurs en déposent dans leur jardin, les jardiniers les retirent aussitôt et les transportent à l’extérieur. Leur jardin est parsemé de bleu, la couleur de leurs yeux. Les oiseaux ont les yeux bleus pâles, les oiselles ont des yeux plus foncés, bleu lilas et le plumage des messieurs et d’un noir dans lequel la diffraction de la lumière fait surgir une teinte bleue métallique. Et ainsi, la couleur qu’ils donnent à leur jardin est un reflet de leur propre couleur. Les chercheurs se sont demandés qu’elle serait l’effet d’une accentuation artificielle de la couleur bleue de ces jardins sur le pouvoir de séduction exercé par les jardiniers. Ils ont enrichi au hasard certains des jardins en objets de couleur bleue. Les résultats de leur étude ont été publiés en 2004 dans la revue Nature. Chez les jardiniers satinés, les dam-oiselles ne se laissent pas séduire aisément, leur choix est minutieux. Elles visitent de nombreux jardins. Elles évoluent à nombreuses reprises différentes facettes des talents de leurs prétendants, leurs scènes de théâtre, leurs parades, leurs chants, pour finir qu’à ne s’unir qu’avec un seul. La première étape est une visite au jardin lorsque l’artiste est absent. La dame s’avance dans la tonnelle et examine attentivement le jardin. La deuxième étape est un retour aux différents jardins qu’elle a le plus apprécié, mais cette fois en présence de l’artiste. Et l’étude indique que parmi les jardins où elle revient la seconde fois, figurent en plus grande proportion des jardins dont les chercheurs ont artificiellement accentué la couleur bleue. Lors de cette deuxième visite, l’artiste parade, il fait des bonds, chante, pousse des cris. C’est une chorégraphie assez violente, qui ressemble à l’attitude qu’il adopte dans des conflits et qui impressionne son adversaire. Si la dame n’a pas été séduite par cette deuxième visite, elle repart visiter d’autres jardins dans lesquels sont présents d’autres jardiniers. En revanche, si elle a été séduite, elle se retire et construit pendant une semaine son nid dans un endroit discret et peu visible. Puis elle revient pour une troisième visite, dans chacun des jardins des prétendants qui lui avaient plu avant qu’elle parte construire son nid. Elle contemple une dernière fois chacun des jardins et les exploits de chacun des artistes qu’elle va enfin départager. Elle les compare une dernière fois puis choisi et vient s’unir dans son jardin à celui qui a fait chavirer son cœur.

Puis elle repart seule, pondre et couver ses œufs dans le nid qu’elle a construit et c’est seule qu’elle nourrira et protègera ses oisillons.

Le séducteur, lui, se consacre entièrement pendant la plus grande partie de l’année, à la construction obsessionnelle et minutieuse de son jardin, l’entretenant, assemblant les objets, les volant dans le jardin de ses voisins et protégeant son merveilleux jardin contre les voleurs.

Mais il y a plus dans cette publication que la chronique minutieuse des étranges étapes de cette cour

qui conduisent aux amours chez les jardiniers satinés. Le but de l’étude était d’explorer si chacun de ses éléments de séductions – la tonnelle, la couleur bleue de la scène de théâtre puis dans le même décor la parade, les bonds, les couleurs du plumage, le chant et les cris – additionnés progressivement, s’amplifiant les uns les autres et se fondant finalement lors de la dernière visite dans un tout, un tourbillon de son, de forme, de mouvement et de couleur comme une forme de synesthésie. Et l’artiste le plus irrésistible pour toutes les dam-oiselles serait celui qui réussirait à jouer au mieux de chacun de ces instruments. Puis, devenu comme un homme orchestre, réussirait à en faire émerger la plus belle symphonie, enivrant tous les sens. Mais l’alternative à cette possibilité était que chacun de ces instruments de séduction pourrait exercer un effet différent sur différentes oiselles et que jouer séparément puis ensemble de ces différents instruments aurait comme effet de séduire différentes oiselles, qui ne partagent pas les mêmes goûts. Les chercheurs ont artificiellement renforcé la couleur bleue de certains jardins et ces jardins ont été considérés comme

plus séduisant par une majorité des oiselles dès leur première visite. Ce sont à ces jardins qu’elles sont le plus souvent revenues la deuxième fois, lorsque l’artiste est présent. Elles ont alors découvert la parade guerrière, les bonds, le chant, les cris. Et là, les oiselles n’apprécient pas de la même façon, elles n’ont pas les mêmes goûts. Leurs goûts diffèrent en fonction de leur âge.

Les dam-oiselles les plus jeunes, celles qui ont un an ou deux ans, reviendront dans les jardins les plus bleus, indépendamment de la qualité de la parade. Ce qui les séduira jusqu’à la fin, c’est l’intensité de la couleur bleue du jardin, mais pas la qualité de la parade. La parade d’une manière générale semble plutôt les effrayer. Les dam-oiselles les moins jeunes, les plus expérimentées, celles qui ont trois ans et plus seront séduites par les messieurs oiseaux dont la parade est la plus spectaculaire. Que leur jardin soit artificiellement bleu ou pas, c’est à l’un des messieurs dont la parade a été la plus extraordinaire qu’elles finiront par s’unir. Pour les plus jeunes, c’est la couleur bleue qui les fait chavirer. Pour les moins jeunes, c’est la danse, les sauts et les cris. L’artiste jardinier satiné déploie durant sa cour différentes facettes de ses talents, différentes oiselles seront sensibles à certaines de ses facettes, mais pas à d’autres parce que leurs goûts varient durant leur existence.

Mais revenons à la perceptive, au trompe l’oeil, aux illusions d’optiques. Parmi les oiseaux jardiniers, ce sont les jardiniers à nuque rose, Ptilonorhynchus nuchalis, qui bâtissent les jardins les plus sophistiqués. Les messieurs oiseaux ont un plumage gris clair avec une collerette rose sur la nuque. Ils n’ont pas les yeux bleus et n’ont pas, contrairement aux jardiniers satinés, d’attirance particulières pour les objets bleus. Leur jardin consiste en une grande tonnelle, formées de deux haies parallèles de bâtons, formant une allée couverte de plus d’un demi-mètre de long et de près d’un demi-mètre de haut. L’allée est orientée sud-nord et à l’extrémité nord, le jardinier construit une cour, pavée de coquillages, de cailloux, d’ossement et d’objets fabriqués par l’homme, le tout de couleur grise, la couleur de son plumage. Ce pavage gris uniforme a été nommé le gesso, en référence à cet enduit de gypse ou plâtre, dont les peintre sur bois, comme ceux du quattrocento italien, enduisant leur tableau de bois avant de peindre. Et sur ce gesso, sur ce fond gris uniforme, l’artiste dépose des objets de couleurs orange ou rouge ou vert, des feuilles, des branches, des baies de fruits, des capsules de bouteilles. L’oiselle s’engage dans la tonnelle par l’entrée sud et s’installe à l’extrémité nord. Elle contemple le tableau sur lequel l’artiste danse et fait sa cour. Il prend des pauses, parade, sautille, chante et prend dans ses pattes des objets de couleurs, les brandit, saute et jette les objets de couleurs à un autre endroit. Le gesso gris reste inchangé, mais les couleurs du tableau se mette à vivre, à se déplacer. La dam-oiselle observe, va visiter d’autres jardins puis choisi enfin l’artiste qui l’a séduite. John Endler est professeur d’écologie sensorielle, de zoologie et d’évolution en Australie. Il explore depuis des années une notion que Darwin considérait comme essentiel, ce qu’il appelait la sensation esthétique, la sensation de beauté. Comment varient et évoluent ces réponses sensorielles, ces émotions ? Quels rôles jouent-elles dans les séductions ? Il y a deux ans, John Endler et ses collaborateurs publient dans la revue Current Biology, une découverte qu’ils ont faite en découvrant les réalisations des jardiniers à nuque rose. Ils ont observé les jardins en ce mettant à la place des dam-oiselles et regardant en ce plaçant à l’extrémité nord de la tonnelle, à hauteur de regard de l’oiselle. Ils ont découvert une caractéristique étrange, jusque là inconnu de ces jardins, de ces gessos gris, parsemés de quelques tâches de couleur. Ils ont découvert que les objets qui composent les gessos sont disposés d’une manière particulière. Les plus petits sont les plus proches de l’endroit où se tient l’oiselle et plus on s’éloigne de l’extrémité nord de la tonnelle et plus la taille des objets augmente. Cette disposition créée une illusion d’optique qu’on appelle un effet de perspective forcée. Il y a au moins deux types de perspective forcée: l’une, qui est souvent utilisée en architecture ou dans les salles de spectacle, consiste à réduire la taille d’objets apparemment identiques, à mesure qu’ils sont plus éloignés de l’endroit où se trouve le spectateur. Cette disposition, qui accentue l’effet naturel de la perspective, donne l’illusion que l’espace est plus vaste, que l’arrière plan s’étend plus loin. L’autre type de perspective forcée que construisent les jardiniers à nuque rose, donne l’illusion inverse : elle contrecarre l’effet naturel de la perspective, donnant l’illusion que tous les objets sont de même taille et donc très proches, donnant l’illusion que la scène est plus régulière et plus petite, que l’arrière-plan est plus proche qu’il n’est. Et l’artiste qui parade sur son gesso, semble probablement plus grand et plus proche qu’il n’est réellement. Les chercheurs ont étudié l’importance que le jardinier attachait à cette perspective forcée. Ils ont remplacé les grands objets par les plus petits et les plus petits par les plus grands. Les jardiniers se mettent immédiatement au travail. En trois jours, ils ont restauré la composante de croissance régulière des objets à mesure que l’on s’éloigne de la tonnelle et en deux semaines, l’illusion d’optique originelle, la perspective forcée originelle est rétablie. Et cette étude indiquée donc que les jardiniers attachent une très grande importance à cette composante du jardin où ils vont faire leur cour. Mais qu’en est-il des dam-oiselles ? Est-ce la perfection de cette illusion d’optique qui les fait chavirer ? John Endler et Laura Kelley ont publié la réponse dans la revue Science. Ils ont découvert que plus la qualité de la perspective forcée des gessos, considérée à partir de l’endroit où se place l’oiselle, plus l’effet de la perspective forcée est grand et plus était grande la probabilité que des oiselles viennent s’unirent aux jardiniers. Nous ne savons pas ce que ressentent les damoiselles, mais ces études révèlent qu’elles sont séduites, depuis probablement des temps très lointain, par des réalisations de leurs artistes qui s’apparentent aux règles d’harmonie esthétique qui vont révolutionner la peinture et l’architecture de la renaissance italienne. Les dam-oiselles ressentent-elles une profonde émotion devant ce que nous appelons la beauté ? C’est ce que pensait Darwin.

Articles scientifiques : 

Kelley LA, Endler JA. Illusions promote mating success in great bowerbirds. Science 2012, 335:335-8.

Anderson BL. Psychology. Bird-brained illusionists. Science 2012, 335:292-3.

Bairlein F, Norris DR, Nagel R, et coll. Cross-hemisphere migration of a 25 g songbird. Biology Letters 2012 Feb 15. [Epub ahead of print]

Beason JP, Gunn C, Potter KM, et coll. The Northern Black Swift: Migration path and wintering area revealed. The Wilson Journal of Ornithology 2012, 124:1-8.

Lee JJ. The Northern Black Swift’s tropical getaway, Science Now. March 14, 2012.

Keagy J, Savard JF, Borgia G. Complex relationship between multiple measures of cognitive ability and male mating success in satin bowerbirds, Ptilonorhynchus violaceus. Animal Behaviour 2011, 81:1063-1070.

Endler JA, Endler LC, Doerr NR. Great bowerbirds create theaters with forced perspective when seen by their audience. Current Biology 2010, 20:1679-84.

Maxmen A. Bowerbirds trick mates with optical illusions. Bowers may make males look bigger than they are. nature.com, Sept 9, 2010.

Coleman SW, Patricelli GL, Borgia G. Variable female preferences drive complex male displays. Nature 2004, 428:742-5.

Ryan MJ. Animal behaviour: fickle females? Nature 2004, 428:708-9.

Autre revue : 

Le génie de la Renaissance. Les Cahiers de Science et Vie, N° 128, Avril 2012.

En ligne :  

The descent of Man and selection in relation to sex. [La Généalogie de l’homme et la sélection liée au sexe].
The expression of the emotions in man and animals. [L’expression des émotions chez l’homme et les animaux].

In : The Complete Work of Charles Darwin Online, http://darwin-online.org.uk/contents.html

Des pigeons photographes pour la reconnaissance aérienne

pigeon camera photographie aerienne 01 Des pigeons photographes pour la reconnaissance aérienne

Cette technique de photographie aérienne a été inventée par l’apothicaire Allemand Julius Neubronner en 1907.

La photographie aérienne existait déjà depuis 1858 grâce à Nadar qui avait pris des photos à partir d’un ballon et les pigeons étaient déjà largement utilisés par l’armée depuis plusieurs siècles. Il eu alors l’idée de combiner les deux en attachant aux pigeons un harnais en aluminium supportant un appareil photo miniature pesant 30 à 70 grammes réglé pour prendre des photos à intervalle régulier.

Son idée était de se servir de ce système pour suivre les trajets que ses pigeons faisaient. Il déposa un brevet en 1908 après quelques péripéties et entreprit de rentabiliser son invention, notamment en la présentant dans des salons où les spectateurs assistaient à l’arrivée des pigeons, il vendant ensuite les photos prises sous forme de carte postales.

Au cours des années il perfectionna son invention et conçut 5 appareils photos différents.

La première guerre mondiale éclata quelques années après et l’armée récupéra son idée pour réaliser des prises de vues de reconnaissance aérienne.

L’Allemagne utilisa ce procédé mais abandonna l’idée à la fin de la guerre, elle fut alors testée par les militaires Suisses, Français et par la CIA à des fins d’espionnage.

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Julius Neubronner et son invention.

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Un exemplaire de l’appareil photo miniature avec son harnais.

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Exemple de photos réalisés grâce à des pigeons, notez les ailes qui apparaissent dans la photo en haut à gauche.

pigeon camera photographie aerienne 03 Des pigeons photographes pour la reconnaissance aérienne

pigeon camera photographie aerienne 04 Des pigeons photographes pour la reconnaissance aérienne

pigeon camera photographie aerienne 06 Des pigeons photographes pour la reconnaissance aérienne

pigeon camera photographie aerienne 07 Des pigeons photographes pour la reconnaissance aérienne

pigeon camera photographie aerienne 09 Des pigeons photographes pour la reconnaissance aérienne

pigeon camera photographie aerienne 10 Des pigeons photographes pour la reconnaissance aérienne

pigeon camera photographie aerienne 13 Des pigeons photographes pour la reconnaissance aérienne

Le brevet décrivant l’invention.

pigeon camera photographie aerienne 081 Des pigeons photographes pour la reconnaissance aérienne

pigeon camera photographie aerienne 12 Des pigeons photographes pour la reconnaissance aérienne

pigeon camera photographie aerienne 14 Des pigeons photographes pour la reconnaissance aérienne

Des journaux de l’époque annonçant l’invention de la photographie aérienne via pigeon.

( Wikipedia )

Source: http://www.laboiteverte.fr/pigeon-photographe-reconnaissance-aerienne/