Naissance de la littérature enfantine

Source: http://www.unicaen.fr/recherche/mrsh/archives/irefi/expos0.php?id=4&page=visite&numChap=2&numP=1

Le aventure di Pinocchio de Carlo Collodi

Le Giornale per i bambini et Carlo Collodi

C’est en juillet 1881que naquit à Rome le Giornale per i bambini, dont le rôle allait se révéler important pour l’avenir de la littérature d’enfance et de jeunesse italienne. La voie choisie par le Giornale per i bambini était d’élever la production pour l’enfance à la dignité littéraire. Parmi les écrivains illustres appelés à prêter main forte à la nouvelle entreprise, fut sollicité parmi les premiers Carlo Collodi, journaliste, romancier et dramaturge florentin qui avait aussi composé plusieurs manuels et livres de lecture pour les écoles primaires.

Le Avventure di Pinocchio seront le résultat d’une rédaction discontinue et étalée dans le temps (de décembre 1880 à janvier 1883), fournie par l’auteur en réponse aux sollicitations répétées du Giornale per i bambini. En raison de cette irrégularité, sa publication souffrit de plusieurs périodes d’interruption. Ce sont les modalités de la rédaction du texte, interrompue et reprise à distance de mois, qui offrent des clés de lecture fondamentales pour son interprétation.

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De la Storia di un burattino aux Avventure di Pinocchio

Le roman de Collodi résulte de la juxtaposition, puis de la refonte, de deux histoires qui se sont succédées dans le Giornale per i bambini avec des titres différents : Storia di un burattino (le premier bloc narratif de quinze chapitres, publié du 7 juillet au 27 novembre 1881) et Le avventure di Pinocchio (composé de trois autres blocs, écrits entre février 1882 et janvier 1883).

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Dans le premier bloc, Pinocchio se trouve dans le dénuement le plus complet ; il erre souvent dans les rues, souffre la faim et le froid, est poursuivi par les gendarmes. À ces thèmes négatifs s’en ajoutent d’autres, comme la tromperie et le meurtre dont le pantin est victime de la part du Renard et du Chat. Storia di un burattino est un roman bref, dont le thème structural est une « course vers la mort », dans laquelle le pantin s’engouffre jusqu’à la scène finale de la pendaison (chapitre XV). Par cette punition exemplaire parce que méritée (l’histoire est morale) prenait fin une histoire amusante mais cruelle. Cependant les enfants ne purent supporter qu’un petit héros puisse payer de sa vie une erreur pardonnable, et n’imaginèrent pas que l’histoire puisse s’arrêter avec la mort du protagoniste ; c’est pourquoi les petits lecteurs du Giornale per i bambini protestèrent contre cette fin inacceptable.

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La suite ne se contente pas d’ajouter de nouveaux épisodes aux précédents mais imprime une nouvelle direction à l’histoire. La narration laisse d’abord se multiplier les « aventures » du pantin ; puis, après une deuxième interruption, Collodi donne à l’histoire sa téléologie morale : à partir du chapitre XXV, le récit est guidé par l’idée de la « rédemption » du petit être capricieux, menteur, fainéant et indiscipliné ; il s’agit cette fois d’une fable qui aura une fin heureuse lorsque le protagoniste, promis encore à bien des errements, pourra être transformé en « petit garçon comme il faut ». Avant cela cependant, le récit rebondit vers les aventures les plus extraordinaires : Pinocchio part avec Lumignon pour le Pays des Jouets, est transformé en âne et vendu au directeur d’un cirque, se blesse et est jeté à la mer, où les poissons le restituent à sa forme originelle de pantin en bois ; il est avalé par le terrible Requin mais retrouve Geppetto dans le ventre du monstre et s’enfuit avec lui à la nage. Le dernier chapitre est celui de la conversion, suivie de la métamorphose : Pinocchio se met au travail pour nourrir Geppetto et la Fée et reçoit enfin la récompense promise.

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Les pinocchiate

Les Aventures de Pinocchio devaient également servir de palimpseste à d’innombrables autres textes, et ce à commencer par la production romanesque de l’auteur lui-même. Après Les Aventures de Pinocchio, Collodi publia un nouveau feuilleton, intitulé Pipì o lo scimmiottino color di rosa,construit sur le modèle du deuxième Pinocchio ; il partage avec le pantin les défauts de l’âme enfantine (il est gourmand, paresseux…) mais désire plus que tout pouvoir quitter son identité animale pour se transformer en garçon.

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Après la mort de Collodi, le succès croissant et l’ascension irrésistible de Pinocchio parmi les plus grands best-sellers de la péninsule (avant de devenir l’un des livres les plus vendus et les plus traduits au monde) fut accompagné par de nombreuses imitations. Sur le modèle du paradigme du personnage ou bien du syntagme des aventures, les épigones de Collodi commencèrent à confectionner d’innombrables pinocchiate : des postiches et des pastiches qui donnaient une suite romanesque aux Aventures en inventant des scénarios dont les personnages changeaient mais dont les acteurs et les situations narratives reflétaient celles du texte premier. Aussi Pinocchio fut-il entouré d’une nombreuse famille composée de sa fiancée, ainsi que de ses anciens amis, qui devinrent à leur tour les protagonistes de nouveaux romans, et des nouveaux amis de ses anciens amis.

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